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Les Etats-Unis veulent prendre l'ADN des migrants entrés illégalement dans le pays

Des forces de l'ordre mexicaines patrouillent le mur de la frontière américano-mexicaine

Des forces de l'ordre mexicaines patrouillent le mur de la frontière américano-mexicaine - Guillermo Arias / AFP

Le gouvernement Trump a annoncé prévoir de mettre en place la collecte complète de l'ADN des migrants détenus après être entrés illégalement dans le pays. Si les autorités aux frontières pouvaient déjà procéder à des tests rapides, ces nouveaux tests seraient bien plus complets, ce qui a provoqué la colère des associations de défense des droits civiques.

Le gouvernement américain prévoit de collecter l'ADN de tous les migrants détenus après être entrés illégalement aux Etats-Unis, ont fait savoir ce mercredi des responsables de l'administration Trump, au lendemain de la publication d'informations du New York Times sur les méthodes extrêmes proposées initialement par Trump pour bloquer l'immigration. Le mur anti-immigration à la frontière américano-mexicaine, lui, prend forme.

Les ADN à destination d'une base de données du FBI

Le département de la Sécurité intérieure (DHS) travaille sur un programme permettant de recueillir les informations génétiques de ces migrants et de les enregistrer dans une base de données du FBI, nommée CODIS, qui répertorie des millions de profils de personnes arrêtées ou reconnues coupables de délits ou de crimes. Ces informations pourraient aussi être utilisées par d'autres agences de maintien de l'ordre.

Des responsables du DHS, s'exprimant auprès de journalistes sous condition d'anonymat, ont fait valoir que cette politique permettrait de donner aux agents aux frontières une meilleure idée de la situation des migrants détenus.

"Cela permettra d'améliorer notre capacité à identifier une personne étant entrée illégalement dans le pays", a déclaré l'un des responsables. "Cela aidera également d'autres organismes". Aucune date de mise en oeuvre n'a été arrêtée

Une mesure "contraire aux notions basiques de liberté"

Le fait de collecter et stocker les données ADN de personnes détenues, mais non condamnées, a attiré les foudres des associations de défense des droits civiques.

"Le but de la collecte d'ADN passe de l'enquête criminelle au contrôle de la population, ce qui est contraire aux notions basiques de liberté et d'autonomie", a ainsi réagi dans un communiqué la puissante ACLU, l'Union Américaine pour les Libertés Civiles. L'Union critique vivement les tests ADN rapides pour les risques d'erreurs, le risque de débordement dans leur usage, et le risque de constitution d'une base de de données génétiques par l'Etat.

L'ACLU a vivement réagi sur Twitter, dénonçant des collectes d'ADN "contraignantes et intrusives", et une initiative "qui soulève pour nous tous de sérieuses préoccupations quant aux libertés civiques et à notre vie privée".

"Et si le gouvernement décide qu'il veut connaître l'identité de chaque personne qui participe à une manifestation, et collecte l'ADN de toutes les bouteilles d'eau et les mégots de cigarette laissés sur le passage, puis les fait correspondre aux informations de cette base de données massive?" interpelle l'organisation, évoquant les possibles dérives si ces méthodes de collecte des données génétiques s'étendent à d'autres domaines.

Collecter les profils ADN "complets"

Selon les responsables américains, recueillir des échantillons d'ADN est en réalité requis par des réglementations du ministère de la Justice de 2006 et 2010 portant sur les personnes arrêtées et condamnées, mais qui n'ont jamais été mises en oeuvre.

Plus tôt cette année, les garde-frontières ont commencé à procéder à des tests ADN moins poussés ("rapid DNA") sur les migrants ayant franchi la frontière avec leur famille, afin de vérifier la véracité des liens de parenté revendiqués par eux.

Mais le programme envisagé permettra, lui, de récupérer des informations beaucoup plus complètes et de les conserver. "Cela est fondamentalement différent des tests ADN rapides", a déclaré un deuxième responsable. "Il s'agit d'un profil ADN bien plus complet".

Pour l'année fiscale 2018, plus de 396.000 personnes ont été détenues à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, la grande majorité d'entre elles venant du Salvador, du Honduras et du Guatemala.

J. G. avec AFP