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Etats-Unis: des conservateurs, pro-armes et pro-Trump derrière l'organisation de manifestations anti-confinement

Des manifestants anti-confinement à Washington.

Des manifestants anti-confinement à Washington. - Jason Redmond / AFP

Des activistes pro-armes à feu et des partisans influents de Donald Trump se cachent derrière l'organisation de plusieurs manifestations anti-confinement, qui se multiplient aux Etats-Unis.

Ce lundi, à Harrisburg, l'une des plus villes les plus peuplées de la Pennsylvanie aux Etats-Unis, une opération escargot (operation gridlock, en anglais) est prévue pour protester contre le confinement. Une manifestation similaire à celle qui a pris place à Denver (Colorado) dimanche et à Lansing (Michigan) mercredi, où près de 3000 personnes étaient réunies, selon l'Agence France-Presse. 

De la Californie au Texas, en passant l'Ohio et la Virginie, ces manifestations anti-confinement se multiplient depuis une semaine aux Etats-Unis, émanant très souvent de groupes Facebook privés. En Pennsylvanie, par exemple, c'est le groupe "Pennsylvanians Against Excessive Quarantine" ("Les Pennsylvaniens Contre le Confinement Excessif", en français) qui est à l'origine du mouvement. 

À sa tête, Christopher Dorr, un activiste américain pro-armes, qui a créé un groupe Facebook similaire pour l'Ohio ("Ohioans Against Excessive Quarantine") et dont les frères, Benjamin et Aaron, ont respectivement lancé les mêmes initiatives pour le Wisconsin ("Wisconsinites Against Excessive Quarantine”) et New York ("New Yorkers Against Excessive Quarantine"). Ce dernier groupe n'est, cependant, plus disponible ce lundi. Des informations révélées dimanche dans une longue enquête du Washington Post à propos de cette fratrie très conservatrice et pro-armes. 

Libérer la Virginie "assiégée"

Les trois frères sont très actifs dans la sphère pro-armes à feu aux Etats-Unis. Ils ont ainsi lancé de nombreux organismes sans but lucratif, pour soutenir le droit de porter une arme dans tout le pays, avec la American Firearms Coalition, et plus spécifiquement dans l'Ohio, dans le Wyoming, dans l'Iowa, dans le Minnesota, dans le Missouri, et à New York.

Dans chacun de ces groupes, Christopher, Benjamin et Aaron Dorr apparaissent tour à tour comme "directeur exécutif", "conseiller politique" ou "président". Ils se positionnent comme beaucoup plus radicaux que la National Rifle Association (NRA), puissant lobby pro-armes aux Etats-Unis, qui réalise trop de compromis, selon eux, sur le droit de porter une arme.

L'implication de tels activistes dans le mouvement anti-confinement n'est pas une surprise. Ils accusent, en effet, certains Etats de profiter de la situation pour attaquer le droit spécifique de porter une arme, contenu dans le deuxième amendement de la Constitution américaine. Donald Trump lui-même, sur Twitter, a appelé vendredi à "libérer la Virginie", qui est "assiégée", et à sauver "le 2e amendement". 

Le président américain fait référence à une série de lois passées par le nouveau gouverneur de Virginie, le démocrate Ralph Northam, parmi lesquelles la vérification des antécédents d'une personne qui voudrait acheter une arme, comme l'a rapporté le New York Times début avril.

"La destruction économique du pays arrive comme un raz-de-marée"

Les groupes Facebook anti-confinement créés par les frères Dorr réunissent plus de 14.000 membres pour l'Ohio, plus de 66.000 pour la Pennsylvanie et plus de 100.000 pour le Wisconsin. Un ancien législateur de l'Etat de l'Iowa, Clel Baudler, qui a eu affaire à eux en 2017, a raconté au Washington Post qu'ils "feraient n'importe quoi attiser les flammes d'un sujet controversé et gagner, au passage, de l'argent facilement".

Christopher Dorr a expliqué au quotidien Philadelphia Inquirer avoir lancé sa page Facebook selon une approche "constitutionnelle" pour se battre contre le confinement. Il a affirmé que le gouvernement "a été trop loin dans son action", s'appuyant sur des chiffres et des prédictions exagérés, selon le quotidien. "La destruction économique du pays arrive comme un raz-de-marée", a-t-il ajouté. 

Au sein du groupe Facebook en question, des messages conspirationnistes, des théories sur les prochaines élections américaines et des rapprochements entre le coronavirus et le rhume pullulent, selon le Philadelphia Inquirer.

"Les gens doivent arrêter de se faire tester. A moins que vous ne soyez sur le point de mourir, faites comme s'il s'agissait d'un rhume. Les chiffres ne vont pas augmenter si nous restons chez nous comme lorsque nous sommes enrhumés", a par exemple écrit un utilisateur.

"Certains gouverneurs étaient allés trop loin"

Outre les activistes pro-armes, d'importants partisans de Donald Trump participent également à l'organisation de manifestations anti-confinement.

Dans le Michigan, par exemple, le groupe Michigan Conservative Coalition, à l'origine des différentes manifestations qui y ont été organisées, a été fondé par un représentant de l'Etat et par sa femme, Meshawn Maddock, deux pro-Trump, rapportent le média Vox et l'agence de presse Associated Press. Meshawn Maddock fait notamment partie de la direction d'un groupe de campagne officiel du président nommé "Les femmes avec Trump" ("Women for Trump").

Donald Trump, qui ne cache pas sa hâte de "rouvrir" l'économie du pays a indiqué, selon l'AFP, qu'il laisserait les gouverneurs de chaque Etat décider quand lever les restrictions. Il a cependant appelé vendredi à "libérer" du confinement trois Etats gérés par des gouverneurs démocrates: le Michigan, le Minnesota et la Virginie.

Interrogé samedi sur ces manifestations, il a estimé que "certains gouverneurs étaient allés trop loin". Il a aussi félicité les gouverneurs du Texas et du Vermont, deux Républicains, pour avoir "autorisé certaines activités à reprendre lundi, tout en exigeant les mesures adéquates de distanciation sociale". 

Clément Boutin