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Une de Charlie Hebdo: retour à un calme précaire au Niger

Camion de police en feu à Niamey au Niger, le 17 décembre 2015. En fond, la grande mosquée de la ville.

Camion de police en feu à Niamey au Niger, le 17 décembre 2015. En fond, la grande mosquée de la ville. - Boureima Hama - AFP

Après un samedi meurtrier et en dépit d'une interdiction de manifester, des émeutiers se sont affrontés dimanche matin avec les forces de l'ordre nigériennes à Niamey. La police a tiré des gaz lacrymogènes pour tenter de les disperser.

Les manifestants de l'opposition, qui s'étaient rassemblés dimanche à Niamey malgré l'interdiction des autorités, se sont dispersés dans le calme, au lendemain d'émeutes anti-Charlie Hebdo qui ont fait cinq morts dans la capitale.

Plus aucun groupe de protestataires n'était visible à proximité de la place Toumo, dans le centre-est de Niamey, d'où devait démarrer une marche en direction du Parlement. Les rues adjacentes, où s'étaient réfugiés les manifestants, étaient également vides à 13 heures.

Tirs de gaz lacrymogènes

La police, qui avait tiré des gaz lacrymogènes sur les 300 personnes réunies dimanche, provoquant en retour insultes et jets de pierres, reste fortement présente autour de cette place, interdite à la circulation. Les forces de l'ordre ont également éteint tous les pneus incendiés par les protestataires.

Sept manifestants, dont un ancien ministre, ont été interpellés, a indiqué une source policière. Une important dispositif de sécurité a été installé autour de la place de la Concertation, devant le Parlement.

Le déroulement des faits rappelait les premières heures des manifestations de samedi contre la publication d'une caricature de Mahomet en une de l'hebdomadaire français Charlie Hebdo, quand des heurts avaient opposé la police et des protestataires devant la grande mosquée de Niamey.

Les affrontements de dimanche ont été d'une bien moindre intensité. "On n'a rien fait. On n'a même pas revendiqué. On n'est pas des badauds. Alors pourquoi nous avoir empêché de marcher", s'est interrogé un manifestant, vêtu d'un boubou violet et arborant la photo de Hama Amadou, l'ex-président de l'Assemblée nationale, en fuite en France après avoir été inquiété dans un affaire de trafic international de bébés, qu'il qualifie de montage "politique".

L'opposition nigérienne avait annoncé samedi soir maintenir une marche suivie d'un meeting prévu de longue date, dimanche à Niamey, en dépit de son interdiction le même jour par les autorités de la capitale "en raison de la situation qui prévaut".

Samedi, l'enfer dans les rues de Niamey

Niamey a connu une "journée d'enfer" samedi, selon l'expression d'une habitante, des manifestations anti-Charlie Hebdo ayant dégénéré en émeutes dans la capitale où cinq personnes sont mortes. Des groupes violents ont incendié au moins une dizaine d'églises et des commerces appartenant à des chrétiens dans ce pays à forte majorité musulmane.

Dimanche, l'opposition entendait notamment dénoncer "le concassage (pressions) des partis d'opposition et la mauvaise gouvernance", avait affirmé samedi Soumana Sanda, l'un des organisateurs. L'ARDR (Alliance pour la réconciliation, la démocratie et la république), qui organisait la marche, est composée des principaux partis de l'opposition, dont le Moden (Mouvement démocratique nigérien) de Hama Amadou.

Malgré le traumatisme vécu par le Niger, cinq personnes ayant également perdu la vie dans d'autres émeutes anti-Charlie Hebdo à Zinder vendredi, la deuxième ville du pays, l'ARDR avait demandé samedi à "tous ses militants et sympathisants" de "se mobiliser massivement pour la réussite de cette manifestation".

D. N. avec AFP