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Prison ferme pour les rappeurs tunisiens

Weld El 15, à droite, a été condamné à 21 mois de prison ferme pour outrage à des fonctionnaires.

Weld El 15, à droite, a été condamné à 21 mois de prison ferme pour outrage à des fonctionnaires. - -

Weld El 15 et Klay BBJ ont été condamnés à 21 mois de prison avec sursis pour outrage à des fonctionnaires, atteinte aux bonnes mœurs et diffamation dans une chanson insultante envers la police.

Les deux rappeurs tunisiens Alaa Yaacoubi (Weld El 15) et Ahmed Ben Ahmed (Klay BBJ) ont été condamnés par contumace à 21 mois de prison, a indiqué lundi Ghazi Mrabet, l’avocat des deux rappeurs.

"Ce procès a eu lieu sans que nous ayons reçu de convocation (...) je vais parler à mes clients pour faire opposition à ce jugement mais cette peine de prison ferme montre que l'acharnement contre la liberté artistique, la liberté d'expression, continue", a déclaré Ghazi Mrabet. Le défenseur dénonce des vices de procédures, ayant été informé vendredi de leur inculpation. "C’est un jugement à exécution immédiate" déplore-t-il.

Le tribunal, de son côté, se refuse à commenter les décisions et les procédures utilisées.

Une condamnation contestée

Mi-juin, Weld El 15 avait déjà été condamné en première instance à deux ans de prison ferme pour sa chanson Boulicia Kleb (Les policiers sont des chiens). Ce verdict avait occasionné des protestations dans la salle, considérant ce jugement sévère. Début juillet, le rappeur avait vu sa peine réduite à six mois ferme.

Un comité de soutien prêt à se battre

Le 22 août, lors d’un concert à Hammamet, les deux rappeurs n’avaient pas chanté Boulicia Kleb, mais d’autres morceaux critiquant le régime tunisien de Ben Ali, déchu en 2011. Arrêté ce soir-là, Weld El15 avait été passé à tabac avant d’être relâché.

"Ces morceaux sont critiques et défient les flics", indique Taheur Mekki, qui dirige le comité de soutien des musiciens. "C’est une vengeance… Nous allons nous mobiliser avec les organisations de défense des droits de l’homme et de la liberté artistique", surenchérit-il.

Aucune liberté

La justice et le gouvernement condamnent toutes les libertés depuis la chute du régime de Ben Ali. Les rappeurs ne sont pas les seuls exemples. Jabbeur Mejri a été condamné en mars 2012 à sept ans et demi de prison pour avoir caricaturé Mahomet sur Facebook.

Ghazi Beji, condamné à la même peine, a demandé et obtenu l’asile politique en France. Mourad Meherzi, attend lui son procés en détention provisoire pour avoir filmé en août 2013 Nasreddine Shili (emprisonné lui aussi) jetant un œuf sur le ministre de la Culture.

C.Pa.