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Camille Lepage, passionnée par les "populations laissées pour compte"

Photo prise le 21 février dernier à Damara, en Centrafrique, à 70 km au nord de Bangui, montrant Camille Lepage.

Photo prise le 21 février dernier à Damara, en Centrafrique, à 70 km au nord de Bangui, montrant Camille Lepage. - -

Les proches de la journaliste de 26 ans tuée en Centrafrique se souviennent d'une jeune femme passionnée, avide de parler de ceux dont on ne parle pas et à la fois très consciente de ses actes et du danger.

"Les populations à la marge, laissées pour compte par les gouvernements". C'est ainsi que Camille Lepage, 26 ans, définissait sur son blog son "principal centre d'intérêt". Sa mère Maryvonne, interrogée mardi matin par BFMTV, se souvient de la "volonté" de sa fille de "témoigner [sur la situation] des pays en conflit, dont elle estimait qu'on ne parlait pas suffisamment".

Une maturité qui frappe. Comme la mort précoce de cette jeune photo-journaliste originaire d'Angers, dans le Maine-et-Loire. Camille Lepage a été tuée dans l'exercice de son travail en Centrafrique, pays en proie depuis des mois à des violences communautaires. "Un assassinat", selon les propres mots du président François Hollande, qui a lui-même annoncé son décès mardi soir.

"Témoigner sur des populations oubliées"

Cette jeune femme au visage poupin et aux cheveux châtains avait étudié à l'université de Southampton Solent, en Angleterre, et à l'université néerlandaise d'Utrecht dans le cadre du programme Erasmus, où elle avait été stagiaire pendant ses études, précise mercredi matin Rue89. Dès la fin de ses études, elle avait décidé de s'établir en free-lance afin de "témoigner sur des populations dont on ne parlait pas et qui étaient en danger", a précisé sa mère.

Son diplôme en poche, Camille Lepage était partie "couvrir la révolution égyptienne", précise Christophe Deloire, le secrétaire général de l'ONG Reporters sans frontières (RSF), joint par BFMTV. Elle n'avait que 24 ans.

En juillet 2012, elle s'était établie à Djouda, au Sud-Soudan. De là, elle couvrait l'est et le centre de l'Afrique. En novembre de la même année, elle était partie trois semaines dans la région des Monts Nouba, où sévissait une guerre civile.

Camille travaillait pour l'agence Hans Lucas et vendait notamment ses photos à l'AFP. La liste de ses collaborations, qu'elle dresse sur son blog, était déjà longue, recouvrant des médias prestigieux. On y trouve notamment Le Monde, le New York Times et le Wall Street Journal.

Très consciente du danger

En septembre 2013, Camille Lepage avait fait le choix de partir pour la Centrafrique, avant même le début de l'opération de l'armée française Sangaris. Entretemps, en décembre, elle était revenue en France et, de passage à RSF, "nous avait parlé des conditions de plus en plus difficiles pour les journalistes en Centrafrique", indique Christophe Deloire.

Camille Lepage avait conscience du danger. De l'avis de tous, elle n'était pas une "tête brûlée", selon l'expression employée par Virginie Terrasse, cofondatrice de l'agence Hans Lucas. "Elle savait exactement ce qu'elle faisait", témoigne celle-ci à l'AFP. Avant de partir en Centrafrique, elle avait ainsi contacté RSF pour que l'ONG "lui prête un casque et un gilet pare-balles pour assurer sa sécurité physique", précise Christophe Deloire.

Camille Lepage à Bangui, le 19 février 2014 - Capture BFMTV

Carl de Souza, le responsable photo de l'AFP pour l'Afrique de l'Est, garde pour sa part le souvenir d'une jeune femme "très enthousiaste et avide d'apprendre". Pour sa mère, Camille était aussi "une fille forte", qui "ne se plaignait jamais" en dépit de ses conditions de travail "pas faciles".

M. T.