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A 105 ans, la secrétaire de Goebbels revient sur son passé

Brunhilde Pomsel dans "A German Life"

Brunhilde Pomsel dans "A German Life" - Capture d'écran Youtube, tirée d'un extrait de "A German Life".

Brunhilde Pomsel était l'une des secrétaires de Joseph Goebbels, le ministre de la Propagande nazie. Aujourd'hui, elle revient sur sa vie à l'occasion d'un documentaire.

Brunhilde Pomsel n’est pas à proprement parler une repentie. Elle dit ne pas chercher "à soulager sa conscience", et, évoquant le génocide perpétré par les Allemands durant la Seconde guerre mondiale, elle continue d’en parler avec ce discret euphémisme: "la question juive". Mais à l’heure où le documentaire A German Life qui lui est consacré fait le tour des festivals cet été, cette ancienne secrétaire ("un travail comme un autre" dit-elle) de Joseph Goebbels, ministre de la Propagande d’Adolf Hitler, ne témoigne pas non plus de nostalgie à l’égard du régime nazi et donne force détails dans cet entretien accordé au Guardian.

"Nous ne savions rien, le secret était bien gardé"

C’est en 1942 que cette femme, alors âgée de trente et un ans et jusqu’ici secrétaire à la radio publique, devient secrétaire de Joseph Goebbels. Elles sont cinq autres salariées à exercer la même activité tout près du bureau personnel de l’homme politique.

Son travail est alors classique pour son corps de métier: elle tape à la machine. Mais astreinte au service de la propagande d’un pays en guerre, sa tâche consiste aussi à revoir à la baisse le nombre de soldats allemands tués sur le front et, la guerre avançant, à la hausse le nombre d’Allemandes violées par les Soviétiques. Brunhilde Pomsel garde un souvenir ambivalent de son patron et l’explique en se remémorant un discours auquel elle a assisté en 1943: "Au bureau, il avait une sorte d’élégance noble, et là il ressemblait à une sorte de nain enragé…Vous ne pourriez pas imaginer de plus grand contraste."

En 1943, elle est frappée par la soudaine disparition de son amie Eva Löwenthal. Mais elle dit avoir été dans sa "bulle" à l’époque et avoir cru ce qu’on lui disait, que les juifs étaient envoyés dans la région des Sudètes pour la repeupler. "Je sais que personne ne nous croit plus aujourd’hui, que tout le monde pense qu’on était au courant. Mais nous ne savions rien, le secret était bien gardé", assure-t-elle.

Au fond du bunker

Au cours des trente heures d’entretien que Brunhilde Pomsel a accordées aux auteurs du documentaire, elle raconte également les lugubres derniers jours du régime, dans le dédale en béton du bunker d’Hitler. Fin avril 1945, au moment où la ville tombe aux mains des Russes, c’est là qu’elle poursuit son travail auprès de Goebbels et d’autres dignitaires nazis.

Elle y apprend le suicide d’Hitler puis celui de Joseph et de son épouse Magda Goebbels le lendemain…après avoir assassiné leurs six enfants. "Nous étions sidérés" dit-elle, expliquant aussi que le personnel du bunker s’enivrait en permanence pour rester "engourdi". Arrêtée, elle ne se dérobe pas et révèle immédiatement avoir été la secrétaire de Goebbels. Elle passe les cinq années qui suivent dans des camps de détention russes dans la région de Berlin.

A la recherche d'Eva Löwenthal

Brunhilde Pomsel a perdu la vue l’an passée. Mais une vision captée il y a une décennie revient dans sa conversation. En 2005, elle se rend au Mémorial de l’Holocauste à Berlin. Elle veut enfin en savoir plus sur le destin de son amie Eva Löwenthal. Un homme consulte alors les registres: "Sur son écran, les noms n’arrêtaient pas de défiler." Elle finit par être fixée sur le sort de son amie: déportée à Auschwitz en novembre 1943, elle est morte en 1945.

R.V