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Pêche en eaux profondes: les scientifiques se désolidarisent

Un marin-pêcheur sur un navire français, en 2008 en Ecosse.

Un marin-pêcheur sur un navire français, en 2008 en Ecosse. - -

L'Ifremer se veut plus prudent que l'année dernière sur la durabilité des espèces en eaux profondes, traquées par les chalutiers. Une première, à quinze jours d'un vote au Parlement européen.

Coup dur pour les partisans de la pêche en eaux profondes. En toute discrétion, mardi soir, Patrick Vincent, le directeur général de l'Ifremer, l'institut de recherche sur l'exploitation de la mer, a estimé pour la première fois que les données actuelles étaient insuffisantes pour affirmer que le chalutage permettait la durabilité des espèces.

Lors d'une table ronde à l'Assemblée nationale, organisée à deux semaines d'un vote sur le sujet au Parlement européen, Patrick Vincent est revenu sur un texte datant de 2012, qui sert de référence scientifique aux partisans du chalutage. Y était notamment indiqué que "l'exploitation des stocks de poissons profonds a désormais été amenée à un niveau soutenable, après la surexploitation au début des années 2000", et a permis d'endiguer le déclin d'espèces, comme le sabre lingue bleue, le grenadier, ou certains requins.

"Dans ce papier, on lit que trois espèces sont au rendement maximum durable (qui correspond à la plus grande quantité de poissons que l'on peut pêcher sans affecter leur reproduction, NDLR). Doit-on conclure qu'il y a durabilité? Cela veut simplement dire que pour certains stocks (de poissons, NDLR), l'exercice a été conduit de façon maximale" et "pour les autres stocks, nous avons un défaut de connaissance qui ne permet pas de porter les mêmes conclusions", a-t-il indiqué. "En résumé, sur certains stocks, il y a durabilité, sur d'autres stocks, la connaissance est insuffisante".

Le buzz de Pénélope Bagieu

L'ONG Bloom, qui milite pour un plus strict encadrement de la pêche profonde, a estimé que le directeur général délégué de l'Ifremer avait "mis fin à une imposture scientifique française (...) en réfutant l'imaginaire durabilité des pêches profondes au chalut". L'association considère qu'à 15 jours du vote au Parlement européen, l'Ifremer "retire la maigre caution scientifique aux lobbies de la pêche profonde".

Le Parlement européen se prononcera le 10 décembre sur un nouveau règlement encadrant la pêche en eaux profondes, mais en commission Pêche, les parlementaires n'ont pas suivi la Commission européenne qui souhaitait interdire la technique de chalutage profond. La France et l'Espagne s'opposaient à cette interdiction.

Récemment, une auteur de BD, Pénélope Bagieu, a créé un mouvement viral sur Internet au sujet du chalutage, en expliquant sous forme d'images de bande dessinée les conséquences de cette pêche, et en incitant à signer une pétition de l'ONG Bloom, pour influencer le vote des parlementaires européens. Sa bande dessinée, accessible seulement en ligne sur son site, a récolté près de 344.000 "likes" sur Facebook, et à ce jour, la pétition compte près de 654.000 signatures.

Alexandra Gonzalez I avec AFP