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Quand Québec détruit au bulldozer une oeuvre offerte par la France

Jean-Pierre Raynaud pose devant son oeuvre peu après son installation, à Québec.

Jean-Pierre Raynaud pose devant son oeuvre peu après son installation, à Québec. - Jean-Pierre Raynaud

Offerte par la ville de Paris en 1987, une oeuvre de Jean-Pierre Raynaud a été rasée par la mairie de Québec en juin dernier. La France reste silencieuse.

L'affaire défraie la chronique au Québec. Le 17 juin dernier, Dialogue avec l'histoire, une oeuvre de Jean-Pierre Raynaud, a été purement et simplement détruite au bulldozer par la municipalité de Québec, au Canada. La municipalité avait pourtant promis à l'artiste de la démonter pour la restaurer.

Un cadeau de la Mairie de Paris

En 1987, Jacques Chirac est maire de Paris et fait cadeau à la ville de Québec d'une oeuvre d'art réalisée par Jean-Pierre Raynaud. "Mon oeuvre a été réalisée en collaboration avec des architectes québecquois. Avec Jacques Chirac, nous avons été l'inaugurer ensemble" raconte l'artiste. Au printemps 2015, la municipalité de Québec contacte Jean-Pierre Raynaud pour l'informer que son oeuvre va être rénovée.

Jean-Pierre Raynaud pose devant son oeuvre peu après son installation, à Québec.
Jean-Pierre Raynaud pose devant son oeuvre peu après son installation, à Québec. © Jean-Pierre Raynaud

"J'étais plutôt content, on m'a dit qu'on allait donner un coup de neuf à mon oeuvre, ce qui me paraissait tout à fait normal puisqu'elle se trouvait dans l'espace public" se souvient le plasticien. Puis un second coup de fil donne une autre version des faits. "On m'a ensuite annoncé que la sculpture allait être démontée puis remontée pour des raisons de sécurité". La municipalité explique alors au journal Le Soleil que l'oeuvre représente un danger pour le public et qu'elle doit faire l'objet de réparations.

Le silence gênant de la France

En place de réparations, la ville de Québec opte finalement pour la destruction de l'oeuvre, pourtant offerte officiellement par la ville de Paris. Une décision qui n'émeut pas le cabinet d'Anne Hildago, qui, contacté par BFMTV, affirme que la maire de Paris ne prendra pas position, ne souhaitant pas "envenimer les choses". Une position que l'artiste juge "aberrante". "Plutôt que de faire la sourde oreille quand je l'ai contactée, Madame Hidalgo aurait du me prévenir qu'elle n'allait rien faire. Le silence, c'est pire que tout" s'agace Jean-Pierre Raynaud. 

Une situation d'autant plus étonnante que l'artiste a appris la destruction de son oeuvre... par les journalistes. Une dizaine de journalistes québecquois l'ont en effet appelé pour avoir son sentiment sur la situation, dont il n'avait pas été informé. "Je ne comprends pas, ça n'a aucun sens" selon lui. "On peut ne pas aimer une oeuvre, c'est tout à fait normal, mais on ne détruit pas l'art, pas comme ça" s'emporte Jean-Pierre Raynaud. 

Le maire de Québec joue l'intox 

Dans une lettre adressée à Anne Hidalgo le 22 juin dernier, le maire de Québec, Régis Labeaume assurait pourtant que l'oeuvre serait reconstruite. "Soyez assurée que l'oeuvre sera réinstallée à l'identique et dans le même esprit que son artiste souhaite" indique l'édile. Sauf qu'en privé, Le Journal de Québec révèle que le maire n'est pas aussi catégorique. "Je serais surpris qu'on reconstruise, à moins qu'Anne (Hidalgo, ndlr) nous demande de le faire, mais connaissant Anne, ça m'étonnerait" aurait ainsi déclaré Régis Labeaume. 

Sur les réseaux sociaux, la destruction de l'oeuvre a suscité la colère chez certains québecquois et la polémique enfle devant l'absence de communication autour de l'opération.

De son côté, Jean-Pierre Raynaud se refuse encore à aller jusqu'au procès. "Pour un artiste, aller devant les tribunaux n'est pas normal. Une oeuvre d'art ne se défend pas comme un vulgaire bien de consommation". Il espère que la municipalité de Québec lui propose de reconstruire l'oeuvre. "S'ils me le proposent, j'accepterai bien sûr. Je veux que l'art gagne, même si je suis désabusé" regrette Jean-Pierre Raynaud.

Paul Aveline