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La BD de la semaine: Guillaume Long commente A boire et à manger avec Sonia Ezgulian

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- - 2017 Gallimard Guillaume Long

LA BD DE LA SEMAINE - Une BD qui donne envie de cuisiner et qui arrive à point nommé avant les vacances.

C’est l’histoire de deux passionnés, le dessinateur Guillaume Long et la cuisinière Sonia Ezgulian, qui ont décidé de concocter à quatre mains un livre de cuisine en forme de BD.

Guillaume Long connaît bien le genre: il a déjà publié trois volumes de A boire et à manger (ABAM), une série d’album regroupant des petites histoires inspirées de ses aventures culinaires et postées depuis quelques années sur le site du Monde. Sonia Ezgulian, ancienne journaliste à Paris Match, a ouvert son propre restaurant à Lyon en 1999 et se consacre désormais à l’écriture de nombreux livres de cuisine. Ils étaient faits pour se rencontrer, d’autant qu’ils sont tous les deux puxisardinophiles, collectionneurs de boîtes de sardines.

Ensemble, ils proposent A boire et à manger avec Sonia Ezgulian, un livre qui regroupe une trentaine de recettes inspirée, notamment, des origines arméniennes de Sonia Ezgulian. Guillaume Long a accepté de commenter pour BFMTV.com quatre planches de l’album.

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- © 2017 Gallimard Guillaume Long

Dessiner les mains

"Sur les [couvertures des] trois albums précédents, j’ai toujours des positions de main que Frederik Peeters [auteur de BD, notamment de Aama, NDLR], un ami à moi, trouve impossibles. Pour la couverture du 4ème volume, je me suis appliqué à dessiner les mains. Je lui ai donc dédié la couverture, en me disant que, cette fois, il ne pourrait rien me dire. Les mains, c’est un cauchemar de dessinateur. J’ai appris très tard, en travaillant il y a deux-trois ans sur un J’Aime Lire. Quand j’ai commencé, il y a 10 ans, j’avais très peu de notions de dessin."

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- © 2017 Gallimard Guillaume Long

La vieillesse

"C’est la recette des mantis, les raviolis arméniens. C’est extrêmement lent à faire, parce qu’il faut découper des petits carrés de pâte, puis mettre une petite boule de farce au centre et les plier. Ce jour-là, j’en fais un. Je mets deux ou trois minutes à le faire. Je le pose au centre du plat. Je demande à Sonia ce qu’on doit faire. Elle me répond: faire les 250 autres pour les 10 personnes qui vont arriver. Alors, j’ai commencé à délirer sur le fait qu’il y en aurait, comme dirait ma mère, 'pour la vie des rats'. J’ai donc imaginé cette histoire où on nous voit en train de vieillir. Je m’autorise beaucoup de digressions, de jeux avec le médium de la BD. C’est une des grandes forces de la BD et ça m’intéresse de plus en plus. Je ne veux pas faire mon Fred quand il dessine Philémon, mais c’est un peu le même esprit. Toutes les histoires racontées se sont déroulées dans la cuisine de Sonia. Le fait de vieillir et de voyager dans le temps me permettait de changer de décor et de ne pas toujours me retrouver à dessiner des dialogues dans une cuisine."

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Dessiner (et colorier) la nourriture

"Pour que la nourriture dessinée ait l’air appétissante, le secret n’est pas de se demander comment on la dessine, mais comment on la colorie. C’est ça qui est important. Dans cette page, j’ai essayé de rendre appétissant cette nourriture en utilisant des reflets et des couleurs qui ne sont pas forcément fidèles à la réalité. On m’a raconté que pour entrer au studio Ghibli, Miyazaki demandait aux dessinateurs qui postulaient de peindre, je crois, une aquarelle d’un plat de sushis à partir de trois couleurs: vert, gris, marron. Et ils devaient rendre le plat appétissant. Je joue aussi sur la taille de la bulle et le lettrage. Je suis venu au dessin beaucoup plus tard qu’à l’écriture. L’écriture a été un moteur pour raconter des histoires. Je suis arrivé à la BD un peu par hasard, à la fin des Beaux Arts. Au départ, je voulais faire des films d’animation. Maintenant, je n’en ai aucun regret, quand je vois le boulot que c’est, ça me va très bien de faire des BD. L’écriture était le moteur essentiel, et c’est pour ça qu’elle prend énormément de place dans mes BD. J’ai beaucoup de plaisir à écrire et à imaginer des dialogues."

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- © 2017 Gallimard Guillaume Long

Les recettes

"J’ai choisi les recettes qui m'intéressaient et qui me semblaient faciles. Il n’y a qu’une recette que je n’ai pas réussie, celle de l’Oreiller de la belle Aurore [il s’agit d’une spécialité lyonnaise: un pâté en croûte carré fourré de viandes, NDLR], et à la place j’ai fait une fondue en sachet. Avec Sonia, on s’est assez bien entendus sur les recettes, car on a des goûts communs en cuisine. J’aimerais que ce soit un livre de bibliothèque qui parle de cuisine. Ça ne m’intéresse pas que les gens prennent le bouquin et cuisinent à côté en essayant de suivre précisément les recettes. Ce qui m'intéresse vraiment, ce serait que les gens se posent dans leur salon, lisent ce bouquin, puis le lâchent et aillent faire de la cuisine."

A boire et à manger avec Sonia Ezgulian, Guillaume Long et Sonia Ezgulian, Gallimard, 116 pages, 22,50 euros.
Jérôme Lachasse