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La BD de la semaine: Daria Schmitt commente Ornithomaniacs

Détail de la couverture

Détail de la couverture - Casterman 2017 Daria Schmitt

LA BD DE LA SEMAINE - La bande dessinée se situe entre La Famille Adams et Beetlejuice.

Qui n'a jamais voulu voler? La dessinatrice Daria Schmitt a fait de ce rêve le sujet de sa nouvelle bande dessinée, Ornithomaniacs, sortie aux éditions Casterman au début du mois de mai.

Dans une ambiance qui rappelle autant les gravures du XIXe siècle que La Famille Adams et les premiers films de Tim Burton (Beetlejuice, Ed Wood), l’album raconte une drôle de rencontre, celle entre une jeune fille, Niniche, qui découvre qu’elle a dans le dos une paire d’ailes, un oiseau savant et un squelette prénommé Icare. Le nom de ce dernier n’est pas anodin: il est bien ce personnage mythique, fils de Dédale, mort pour avoir volé trop près du soleil.

Tout, dans l’album, tourne autour de la thématique de l’oiseau pour raconter, sur un ton léger, malgré un dessin en apparence austère, une histoire universelle: trouver la place que l’on doit occuper dans la société. Pour BFMTV.com, Daria Schmitt a accepté de commenter trois cases de son album.

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- © Casterman 2017 Daria Schmitt

Genèse

"Ce livre est né du désir de dessiner cet oiseau, le bec-en-sabot, que j’avais vu dans un parc zoologique en Suisse ou en Autriche. J’ai eu immédiatement envie d’en faire un personnage. Autour de lui s’est construit un récit sur le vol et tous ceux qui auraient aimé voler, mais n’ont pas réussi. Comme cet oiseau a quelque chose de hiératique et de sévère, je l’ai immédiatement vu dans la peau d’un professeur. Dans cette maison, qui est celle d’un oiseleur, d’un collectionneur naturaliste, on retrouve aussi un vieux briscard du vol, Icare, ou du moins ce qu’il en reste après des millénaires, et une petite fille qui a des ailes dans le dos. C’est une école des causes perdues. J’ai toujours employé en BD le fantastique. Parler des oiseaux, pour moi, c’est déjà basculer dans une dimension un peu étrange. C’est un monde très différent du nôtre. On les comprend moins que les mammifères avec lesquels on interfère beaucoup plus facilement..."

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- © Casterman 2017 Daria Schmitt

Méthode de travail

"Dans une case, je commence toujours par le personnage principal, même s’il y a beaucoup de décors. Je commence toujours par celui qui joue et la bulle. Tout fonctionne en même temps. Le lettrage fait partie de l’architecture de la case, c’est la voix des personnages. J’ai commencé à faire moi-même le lettrage sur mon précédent album. La storyboard est la première étape, puis je fais fonctionner le crayonné avec le texte, que je remanie jusqu’à que j’en sois à peu près sûre. C’est important que le phylactère soit présent dès le départ pour qu’il n’y ait pas beaucoup de repentis. Une planche me prend une semaine. Mon travail est très patient, mais je suis fondamentalement impatiente. Pour tromper l’aspect chronophage de ce travail, pour ne pas être découragé, je travaille sur des lots de dix planches. Quand j’en ai assez de dessiner des oiseaux, je passe aux décors ou je prends une autre planche. Je ne suis pas dans la continuité chronologique."

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- © Casterman 2017 Daria Schmitt

Influences

“François [Schuiten] est un compagnon de route. Son travail m’accompagne. Il a été une influence, mais pendant cet album j’ai plutôt regardé les illustrateurs américains du XIXe, Arthur Rackham, Arthur Burdett Frost et Franklin Booth, notamment à cause de leur travail sur la caricature et le réalisme. C’est ce mélange qui m’intéressait beaucoup pour cet album, tout comme le noir et blanc très travaillé des graveurs comme Gustave Doré, Daumier ou Bruno Schulz. La maison où se passe l’action peut faire penser à celle de Beetlejuice et surtout à celle de Psychose! J’ai beaucoup aimé Beetlejuice, mais je ne l’ai pas revu depuis bien longtemps. Ce n’est pas une référence directe. Je n’y ai pas pensé en dessinant l’album. La Famille Adams me plaît aussi beaucoup à cause du décalage entre le fantastique et une vie très ancrée dans la société contemporaine. Outre Psychose, il y a d’autres références à Hitchcock, qui a aussi réalisé Les Oiseaux… Toutes les références sont liées aux oiseaux: sont cités dans l’album le film d’Hitchcock, le célèbre tableau de Hooper sur le diner qui s’appelle Faucon de nuit, la chanson L’Oiseleur de Prévert..."

Ornithomaniacs, Daria Schmitt, Casterman, 104 pages, 25 euros.
Jérôme Lachasse