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Jeff Koons regrette les "malentendus" autour de son "Bouquet de Tulipes" offert à Paris

Des ouvriers installent l'oeuvre monumentale de Jeff Koons, le 30 août 2019

Des ouvriers installent l'oeuvre monumentale de Jeff Koons, le 30 août 2019 - Ludovic Marin / AFP

Le "Bouquet of (11) Tulips" offert par les Etats-Unis à la France et réalisé par l'artiste Jeff Koons sera inauguré vendredi 4 octobre dans les jardins des Champs-Elysées, près du Petit Palais. L'oeuvre avait suscité de vives polémiques tant en France qu'aux Etats-Unis.

L'artiste américain Jeff Koons a regretté les "malentendus" et les polémiques autour de son "Bouquet de Tulipes", oeuvre monumentale de 12 mètres de hauteur, 8 mètres de large et 10 mètres de profondeur, qu'il a offerte à la ville de Paris après les attentats ayant secoué la capitale française en 2015, et qui sera inaugurée ce vendredi.

Un cadeau à la France qui a créé la polémique

Dès janvier 2016, l'ambassadrice des Etats-Unis en France, Jane Hartley, voulait offrir une oeuvre spectaculaire à la France, 2 mois après les attentats de novembre 2015. C'est Jeff Koons qui a été choisi pour la conception d'une oeuvre qui devait marquer les liens profonds entre les deux pays. L'artiste a immédiatement accepté et a ensuite proposé à la mairie de Paris une oeuvre monumentale, "Bouquet of (11) Tulips", symbolisant à la fois le deuil, le souvenir, mais aussi l'optimisme.

Que ce soit l'emplacement initial, la place du Trocadéro, l'oeuvre gigantesque de 60 tonnes, ou le travail de Jeff Koons lui-même, les critiques ont fait feu de tout bois. Du côté des Etats-Unis, peu après l'élection de Donald Trump, les critiques dénoncent une stratégie publicitaire par l'artiste très coté sur le marché, mais aussi son arrogance. Du côté de la France, outre les critiques sur un emplacement initial incohérent ou un symbole malvenu, une vingtaine d'artistes et d'acteurs du monde artistique publiaient chez Libération en janvier 2018 une tribune intitulée "Non au 'cadeau' de Jeff Koons".

Ils dénonçaient à la fois l'erreur architecturale et visuelle de l'ancien emplacement, l'erreur symbolique "sans aucun rapport avec le tragique événement invoqué", le manque de consultations aux Parisiens et aux Français, le coût de l'oeuvre (3,5 millions d'euros) mais aussi Jeff Koons lui-même qui serait l'"emblème d’un art industriel, spectaculaire et spéculatif". Les signataires terminent en expliquant qu'ils "[apprécient] les cadeaux, mais gratuits, sans conditions et sans arrière-pensées".

Malgré les critiques et la polémique autour de ce bouquet géant, le projet a été maintenu, en changeant néanmoins l'emplacement, mais aussi le financement. Jeff Koons a fait appel à la souscription de mécènes privés pour la fabrication, et les droits financiers du projet final appartiennent à 80% à des associations représentant les victimes des attentats, et à 20% à la mairie de Paris pour la maintenance de l'oeuvre. Le monument sera placé dans les jardins des Champs-Elysées, près du Petit Palais.

"Le bouquet veut dire mon soutien, mon réconfort aux Français"

Dans un entretien au quotidien Le Figaro, la star de l'art contemporain a dit avoir été "attristée" par les controverses suscitées par cette oeuvre.

L'artiste assure qu'elles ont été nourries par "beaucoup de malentendus et de mauvaises informations", assurant notamment qu'il n'avait pas choisi lui-même l'emplacement originellement prévu pour accueillir les "Tulipes", près du Trocadéro, mais qu'il n'avait fait qu'accepter l'un des lieux qui lui avaient été proposés par la mairie de Paris. En outre, Jeff Koons rejette les attaques dénonçant ses oeuvres comme l'expression d'un "art industriel, spectaculaire et spéculatif".

"Ce n'est pas moi, ni ce que je suis, ni comme je me vois en tant qu'artiste", assure Jeff Koons, assurant que "l'art n'est pas une compétition" et que l'argent n'est pas sa motivation.

Concernant la signification du "Bouquet de Tulipes", il souhaite que cette oeuvre soit un moyen "de célébrer nos valeurs communes" et de prouver que "l'amitié entre nos deux pays (France et Etats-Unis, NDLR) était plus forte que tout".

Et il a souhaité en faire un symbole discret de l'absence et du vide, en hommage aux vies fauchées par les attentats de 2015. En effet, son "Bouquet" est incomplet : il ne compte que onze fleurs, au lieu d'une douzaine à laquelle on pourrait s'attendre. Une manière pour lui de suggérer "l'idée de la perte (...), même si le bouquet veut dire mon soutien, mon réconfort aux Français".