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Découverte d'une strophe inédite d'un poème des "Fleurs du mal" de Baudelaire

Une photographie prise en 2007 d'un portrait du poète Charles Baudelaire réalisé par Charles Neyt entre 1864 et 1866.

Une photographie prise en 2007 d'un portrait du poète Charles Baudelaire réalisé par Charles Neyt entre 1864 et 1866. - FRANCOIS GUILLOT / AFP

Une édition originale des Fleurs du mal de Charles Baudelaire comprenant une strophe manuscrite inédite du poème "Les bijoux", ajoutée de la main du poète, sera mise en vente le 22 novembre chez Drouot à Paris.

Un siècle et demi après, Baudelaire surprend encore les amoureux de la littérature. Une édition originale des Fleurs du mal du poète comprenant une strophe manuscrite inédite du poème "Les bijoux", ajoutée de sa main, sera ainsi mise en vente le 22 novembre chez Drouot à Paris.

Cette strophe avait été signalée par Yves-Gérard Le Dantec (1898-1958), grand spécialiste de Baudelaire, dans les notes et variantes de la première éditions des oeuvres de Baudelaire dans la Pléiade. Mais la propriétaire du volume où le poète avait ajouté cette strophe et ses successeurs n'avaient jusqu'à présent pas souhaité le rendre public.

La maison Art-Valorem qui organise la vente chez Drouot a joint au volume proposé aux enchères, une lettre autographe d'Yves-Gérard Le Dantec, datée du 20 février 1928, où il demande, en vain, à la propriétaire de faire connaître cette strophe inédite.

"Je n'ai pas besoin d'insister auprès de vous sur l'intérêt primordial que représente cette découverte d'une strophe inédite du grand poète. J'estime qu'il n'est pas une note, pas un mot, pas même une lettre inédite d'un homme tel que Baudelaire qui doivent rester inconnus, que tout est intéressant en ce qui le touche. Loin de déprécier un tel trésor, la 'divulgation' ne peut qu'accroître sa valeur - à supposer que ce soit là le vrai motif de votre réponse négative", avait écrit Yves-Gérard Le Dantec.

Une oeuvre attaquée pour "outrage à la morale publique"

Publié en 1857, le recueil Les Fleurs du mal fit aussitôt l'objet d'un procès pour "outrage à la morale publique". Le poème "Les bijoux", jugé obscène, fut interdit (avec cinq autres poèmes du recueil). Les huit quatrains qui composent le poème évoque une femme nue et lascive ne portant sur elle que ses bijoux. Le poème est puissamment érotique.

Le neuvième quatrain ajouté de la main de Baudelaire indique:

"Et je fus plein alors de cette Vérité:/ Que le meilleur trésor que Dieu garde au Génie/ Est de connaître à fond la terrestre Beauté/ Pour en faire jaillir le Rythme et l'harmonie".

Le volume offert à l'origine par Baudelaire au critique littéraire Gaston de Saint-Valry (1828-1881) est estimé entre 60.000 et 80.000 euros.

"les bijoux"

La très-chère était nue, et, connaissant mon cœur, Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores, Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.

Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur, Ce monde rayonnant de métal et de pierre Me ravit en extase, et j’aime à la fureur Les choses où le son se mêle à la lumière.

Elle était donc couchée et se laissait aimer, Et du haut du divan elle souriait d’aise À mon amour profond et doux comme la mer, Qui vers elle montait comme vers sa falaise.

Les yeux fixés sur moi comme un tigre dompté, D’un air vague et rêveur elle essayait des poses, Et la candeur unie à la lubricité Donnait un charme neuf à ses métamorphoses;

Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins, Polis comme de l’huile, onduleux comme un cygne, Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins; Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

S’avançaient, plus câlins que les Anges du mal, Pour troubler le repos où mon âme était mise, Et pour la déranger du rocher de cristal Où, calme et solitaire, elle s’était assise.

Je croyais voir unis par un nouveau dessin Les hanches de l’Antiope au buste d’un imberbe, Tant sa taille faisait ressortir son bassin. Sur ce teint fauve et brun le fard était superbe !

– Et la lampe s’étant résignée à mourir, Comme le foyer seul illuminait la chambre, Chaque fois qu’il poussait un flamboyant soupir, Il inondait de sang cette peau couleur d’ambre !

Clément Boutin avec AFP