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Anish Kapoor: "Dirty Corner restera ainsi"

Après le vandalisme, dimanche matin, de sa sculpture Dirty Corner aussi appelée le vagin de la reine, l'artiste Anish Kapoor a notamment confié qu’il ne nettoiera pas son œuvre.

Dimanche soir, quelques heures après le vandalisme de la sculpture Dirty Corner aussi appelée le vagin de la reine et installée dans les jardins du château de Versailles, Anish Kapoor est revenu sur l’incident dans le Figaro. L’artiste britannique d'origine indienne, mais aussi juive et irakienne s’est dit "frappé par le fait qu'une œuvre d'art, cette abstraction, puisse déchaîner une telle violence".

Un phénomène lourd de sens 

Ce dernier a notamment fait le lien entre les grandes inscriptions à la peinture à caractère antisémite ("SS Sacrifice Sanglant", "le deuxième VIOL de la Nation par l'activisme JUIF DEVIANT") sur son œuvre et l’actualité: "Au-delà de cette destruction même, ce phénomène est forcément lourd de sens. La connexion avec l'actualité terrible entre Syrie et Europe m'a frappé. Comme je l'ai écrit aussitôt sur mon compte Instagram, 'Dirty Corner dirty politics anti semitism'. Voilà ce qui conduit à l'exclusion de nos frères et sœurs syriens. Honte sur la France du seul fait d'une minorité pleine de haine!", a-t-il déclaré.

"Cette seconde attaque, beaucoup plus spectaculaire et malsaine que la première, m'a pris par surprise; je n'ai reçu aucune menace préalable, a ajouté l’artiste. Mais ce langage des antisémites n'est pas nouveau. Nous le connaissons depuis des siècles. Et lorsque nous voyons des images d'actualité où les frontières se ferment devant les réfugiés de la guerre en Syrie, où l'on estime qu'ils vont ‘polluer le sang de l'Europe’, nous retrouvons génériquement le même langage d'exclusion. C'est une attaque violente contre l'esprit humain et la culture. Je l'ai écrit et je le répète: je suis un Juif. Je suis un musulman. Je suis un hindou. Je suis un chrétien", a-t-il ajouté.

Prévenu par téléphone peu avant midi, Anish Kapoor attend désormais les premiers résultats de l’enquête afin de "déterminer s'il y a eu des complicités internes".

"Désormais, ces mots infamants font partie de mon œuvre"

L’artiste a toutefois annoncé que l’œuvre restera désormais "telle quelle". "Lors de la première dégradation, je m'étais déjà interrogé sur le bien-fondé d'un nettoyage. Cette fois, je suis convaincu qu'il ne faut rien retirer de ces insultes, de ces mots propres à l'antisémitisme que l'on voudrait aussitôt oublier, a-t-il fait savoir. Désormais, ces mots infamants font partie de mon œuvre, la dépassent, la stigmatisent au nom de nos principes universels. Et je préfère écouter cette petite voix qui me dit d'oublier l'artiste et de penser au citoyen. Dirty Corner restera donc ainsi (…) et se montrera ainsi aux visiteurs et aux touristes de Versailles. Je défie désormais les musées du monde de la montrer telle quelle, porteuse de la haine qu'elle a attirée. C'est le défi de l'art", a-t-il finalement expliqué.