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Reconfinement: une menace pour la production automobile française?

Alors que les ventes de véhicules neufs sont fragilisées depuis le reconfinement, la filière automobile réclame une réouverture des concessions, évoquant le spectre d'une fermeture temporaire des usines, comme lors du premier confinement.

Faute de demande, faut-il de nouveau fermer les usines automobiles? C'est le constat dressé ce lundi sur France Info par Luc Chatel, le président de la PFA (plateforme automobile), qui représente la filière en France.

Refermer les usines comme au printemps?

Evoquant "un effondrement des prises de commandes de l'ordre de 70%" depuis l'annonce du nouveau confinement, le 28 octobre dernier, l'ex-ministre de Nicolas Sarkozy a évoqué une potentielle fermeture temporaire des usines automobiles.

Il est clair que s'il n'y a pas de reprise sur la deuxième quinzaine du mois de novembre, on va assister progressivement -de nouveau comme au printemps- à des fermetures d'usines automobiles", a déclaré Luc Chatel.

Au printemps, les usines de Renault, PSA et Toyota avaient été fermées pendant près d'un mois et demi. Lors de la réouverture, un protocole sanitaire renforcé avait été mis en place afin de reprendre la production en toute sécurité.

Une forte baisse des ventes depuis le reconfinement

Depuis le vendredi 30 octobre, les concessions automobiles sont de nouveau fermées. Mais les concessionnaires peuvent continuer à livrer des véhicules neuves ou à recevoir des clients sur rendez-vous pour des prises en main en "click and collect". Peugeot a également mis en place un showroom virtuel afin de continuer à présenter ses véhicule au public, avec une mise en relation avec un conseiller-vendeur via webcam.

Malgré ces efforts, le contexte sanitaire et les restrictions de circulation entraînent bien une forte chute des ventes. Sur l'ensemble de l'année, on s'attend ainsi à une baisse de l'ordre de 30%. La situation ne semble cependant pas aussi catastrophique sur le plan industriel.

A l'inverse des ventes aux particuliers, le marché des ventes aux professionnels semble mieux résister, comme l'indiquait ce matin sur BFM Business Frank Marotte, patron de Toyota en France.

Il y a un gros déséquilibre entre les ventes aux sociétés et les ventes aux particuliers". Les premières fonctionnent presque normalement: "80 à 90%" de l'activité normale du constructeur. Les ventes aux particuliers, c'est plus compliqué, avec "20 (à) 25% de notre activité normale", précise le patron de Toyota en France.

Des fermetures officiellement pas encore à l'ordre du jour

Avec son site d'Onnaing (Nord), qui assemble la Yaris, la marque japonaise produit en partie en France pour le marché européen. La direction de l'usine exclut pour le moment une fermeture.

Notre carnet de commande nous donne une bonne visibilité d’ici fin décembre et nous prévoyons de poursuivre notre activité sur les bases actuelles, avec trois équipes et plus de 1000 véhicules par jour", détaille Eric Moyere, directeur stratégie, planning et communication.

Il s'inquiète toutefois des concessions en partie fermées, même si cette décision s'applique pour le moment seulement en France et au Royaume-Uni.

Nous restons bien sûr vigilants sur l’évolution des mesures prises par les différents états européens. Il est évident qu’une fermeture des concessions, même avec une option "click and collect", reste très pénalisante pour les ventes donc pour la production également à terme", souligne-t-il. .

Même son de cloche chez les deux principaux constructeurs français PSA et Renault. Lors de ses résultats du troisième trimestre, le groupe au losange avait mis en avant un carnet de commande bien rempli. Ce serait toujours le cas, permettant à Renault de maintenir un rythme de production "normal". Du côté d'un équipementier comme Valeo, on reste également optimiste avec "une production françaises destinée à 85% à l'export".

La fermeture d'une usine reste une opération très lourde, avec notamment l'arrêt de machines conçues pour tourner en permanence, et un redémarrage également complexe à mettre en place, nous a expliqué une porte-parole de Renault. Une opération de dernier recours donc, mais qui reste bien sûr envisageable comme lors du premier confinement, si la situation sur le front des ventes se dégradait durablement dans le temps.

Pour le moment, ce sont plutôt les équipes d'intérimaires qui sont visées par la baisse de l'activité. PSA vient ainsi de décider de supprimer 500 postes de l'équipe de nuit dans son usine de Rennes- La Janais à partir du 16 novembre prochain.

Des semaines à venir décisives

Reste à savoir combien de temps durera ce nouveau confinement en France et si les mesures impliquant ces fermetures des concessions se poursuivront. Au-delà de ces potentielles fermetures d'usines, c'est aussi le calendrier de lancement de nouveaux véhicules qui pourrait être perturbé.

Nous sommes inquiets pour l'avenir du site parce qu'un projet de production de véhicule se décide trois ans avant la commercialisation. Or pour l'instant il n'y a pas de véhicule attribué à Rennes. PSA s'est engagé dans une convention avec la région à fabriquer des automobiles à La Janais jusqu'en 2024. Or cette année-là, les deux véhicules que nous produisons seront en fin de vie", réagissait ainsi Laurent Valy, délégué CFDT, premier syndicat de l'usine, et secrétaire du CSE, lors de l'annonce de la suppression de l'équipe de nuit.

Chez Toyota, on ne prévoit pas pour le moment de repousser le lancement du Yaris Cross, attendu pour la mi-2021. Un deuxième véhicule particulièrement attendu sur les chaines d'assemblage de l'usine d'Onnaing.

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Reconfinement

https://twitter.com/Ju_Bonnet Julien Bonnet Journaliste BFM Auto