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Le cacatoès noir fait des percussions pour impressionner les femelles

Un cacatoès noir.

Un cacatoès noir. - whiskymac via Wikimedia Creative Commons

Selon une étude scientifique australienne, les mâles d'une colonie de cacatoès noirs taillent des bâtons pour faire des percussions sur les arbres et ainsi séduire des femelles. Ils sont les seuls animaux connus à ce jour à avoir développé l'aptitude de jouer d'ustensiles d'une manière semblable à des instruments de musique.

Au bout de sept ans d'observations patientes, d'enregistrements audio ou vidéo, des scientifiques ont pu consigner leur découverte dans la revue Science advances ce mercredi: le mâle cacatoès noir taille des bouts de bois dont il se sert pour faire des percussions sur l'écorce des arbres où il va se percher. Cette manière d'utiliser un accessoire, qu'il a lui-même façonné en outre, pour faire, en conscience, des sons est unique dans le règne animal, comme le relève ici le New York Times.

Certains oiseaux ont une signature musicale 

Ce phénomène connaît deux particularités. Tout d'abord, il poursuit un objectif amoureux évident puisque dans 70% des cas pris en compte, le mâle s'adonne à son penchant musical en présence d'une femelle. De plus, cette activité n'est pas partagée par l'ensemble de l'espèce mais, semble-t-il, est propre aux seuls résidents de la péninsule de Cap York en Australie. 

Le professeur Robert Heinsohn, qui enseigne la biologie de la conservation et de l'évolution à l'Université nationale d'Australie et a participé aux travaux, en a tiré une première observation. Cette pratique est peut-être de nature culturelle: "On peut supposer qu’un mâle brillant est tombé sur cette attitude, ça a plu aux femelles et ça a pris dans la population". Les savants ont suivi 18 mâles (dont ils ont donné à l'un le nom de Ringo Starr, le batteur des Beatles, à l'autre celui de Phil Collins, celui de Genesis) et ont enregistré 131 séquences de percussion. Ces parties dévoilent des rythmes non pas aléatoires, mais réguliers, prévisibles. Certains spécimens toutefois ont une véritable signature musicale et traînent parfois en longueur. Un des mâles suivis pouvait ainsi jouer jusqu'à 14 minutes. 

Une exigeante monogamie

Le schéma est généralement celui-ci. L'oiseau doit d'abord concevoir son instrument. Devant une femelle, il démontre la force de son bec en brisant une grosse branche de l'arbre sur lequel il se trouve. Il le taille alors. Puis, le tenant dans sa patte gauche, il se met à taper sur son perchoir. Il lui arrive même de siffler en mesure en choisissant dans un répertoire de vingt syllabes. Et le cacatoès, pour faire plus d'effet, mobilise tout son corps. Sa crête se dresse, ses ailes se déploient et il dodeline de la tête. Quand ce petit manège est bien huilé, la femelle s'approche alors de lui, puis imite ses mouvements. Le couple commence à se balancer ensemble et puis les deux binômes se lissent mutuellement les plumes. Etape essentiel sur la voie de l'accouplement. 

Cette parade nuptiale particulièrement sophistiquée ne doit pas laisser croire que le cacatoès noir est un séducteur impénitent. Cette espèce est en principe monogame. Mais, outre la nécessité de trouver sa partenaire, certains mâles n'ont pas le loisir de relâcher leurs efforts et ont l'obligation de continuer à faire leurs preuves devant leur femelle durant toute leur existence. 

Robin Verner