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Xynthia: les victimes se souviennent du "silence effroyable" après la nuit

Renaud Pitoit, président de l'association des victimes de Xynthia, sur le banc des parties civiles.

Renaud Pitoit, président de l'association des victimes de Xynthia, sur le banc des parties civiles. - Jean-Sébastien Evrard - AFP

Les survivants de la tempête Xynthia à La Faute-sur-Mer, en Vendée, sont venus témoigner à la barre de la nuit "d'horreur" qu'ils ont vécus.

"Ça a été l'horreur", se souvient une sinistrée de la tempête Xynthia à La Faute-sur-Mer, première victime à venir raconter cette nuit de traumatisme devant le tribunal correctionnel des Sables-d'Olonne. C'était la nuit du 28 février 2010. Vingt-neuf personnes y ont trouvé la mort, et des dizaines de survivants en sont restés marqués à vie.

"La porte-fenêtre de notre maison a explosé", raconte Annette Anil. Privés d'électricité, éclairés aux bougies, et réfugiés sur le buffet du salon, elle et son mari ont vu l'eau envahir leur maison, et "tout est parti en vrille". La force de l'eau "a arraché les doubles cloisons", raconte à son tour François Anil, son mari. "On est restés, terrorisés, sur notre buffet", décrit sa femme, "dans la maison, c'est le chaos, c'est épouvantable".

Puis, à l'aube, le niveau de l'eau se stabilise et le couple sort dehors. Il régnait "un silence effroyable", raconte la sinistrée, qui se souvient avoir demandé à son mari si tous les habitants étaient morts.

Traumatisme "monstrueux"

Les victimes de la tempête Xynthia ont été profondément marquées par le drame. Dans les jours qui ont suivi la submersion marine, certains survivants étaient en état de "stress post-traumatique" et d'autres ont fait des "tentatives de suicide", assure le Dr Laurent Boidin, médecin-légiste, entendu en tant qu'expert à la barre.

Ce genre de situation où des victimes ont vu leurs proches mourir sous leurs yeux est "horrible, monstrueux", estime pour sa part le Dr Ronan Orio, psychiatre, spécialisé dans le suivi des victimes de catastrophes naturelles. "Il y a un sentiment de culpabilité si on est survivant", note le psychiatre. "C'est sans doute l'une des choses les plus effrayantes que l'on puisse vivre", poursuit le spécialiste qui estime que pour certaines victimes "on est très proche de la névrose de guerre".

Ceux qui ont succombé par noyade cette nuit-là ont parfois lutté plusieurs heures, comme le prouvent la présence "sur certaines victimes de lésions cutanées", sur les doigts, les mains, les coudes, "des mouvements de lutte avant le décès", décrit le Dr Boidin, provoquant une vague d'émotion chez les familles de victimes.

Les premiers regrets du maire à la barre

Le lendemain du drame, qui a laissé des dizaines de familles démunies, a été tout aussi difficile à vivre pour les victimes qui commençaient à peine à réaliser l'ampleur du drame. C'est à cette occasion que s'est créée l'AVIF, l'association des victimes dont le président, Renaud Pinoit, a pointé du doigt mercredi le manque de compassion de l'ancien maire envers les victimes. "Je n'ai pas souvenir d'avoir vu M. Marratier aider les gens", lâche-t-il, expliquant que l'association s'est créée comme un "palliatif" aux manquements de la commune pour aider les victimes. Il évoque aussi le clivage qui s'est établi et qui empêcha tout dialogue entre l'association et le maire.

A la barre, l'ancien édile René Marratier se justifie en retenant avec beaucoup de mal ses sanglots. "Arrêtons de dire que le maire n'avait pas de compassion", dit-il, détaillant maladroitement les mesures prises après la tempête pour aider les victimes. Finalement, interrogé à nouveau en fin de journée, le maire a reconnu pour la première fois, et regretté, n'avoir pas assez bien informé les habitants sur les risques d'inondation avant Xynthia. "Effectivement il n'y a sans doute pas eu assez d'information", a-t-il dit. Cinq prévenus dont l'ancien maire, et deux entreprises, comparaissent principalement pour homicides involontaires dans ce procès auquel participent plus de 120 parties civiles et qui va durer jusqu'au 17 octobre, avant le jugement attendu le 12 décembre.

A. G. avec AFP