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Tourisme: ces destinations françaises qui saturent

Plage de Biarritz en pleine saison

Plage de Biarritz en pleine saison - Guillaume Baviere / FLICKR

CARTES - Le village de Germ dans les Pyrénées est l’illustration extrême d’un phénomène qui concerne des milliers de communes françaises. 96% des logements de la station touristique sont des résidences secondaires. Sa population se multiplie par 150 en pleine saison.

"Vous n'êtes pas les bienvenus" peut-on lire sur les pancartes des manifestations anti-touristes, qui se multiplient en Europe ces dernières semaines. Les habitants de Venise ou encore Dubrovnic dénoncent les effets du tourisme de masse sur leur qualité de vie et le prix de l’immobilier.

En France, la photo d'un tag "Parisien dégage, t'as Paris plage", prise à Biarritz, a été reprise par plusieurs médias. Le mouvement de protestation pourrait bien s’exporter dans l’Hexagone, tant la pression touristique est importante sur certains territoires. La cité corse voit par exemple sa population tripler durant les vacances.

Le yo-yo démographique

Les statisticiens ont créé un indicateur pour mesurer l’intensité touristique: "le taux de fonction touristique". Il s’obtient en divisant la capacité d’hébergement (chambres d’hôtels, emplacements de camping…) à la population résidente à l’année. En France, le record est détenu par le village pyrénéen de Germ, qui peut accueillir au maximum 6.121 visiteurs pour 41 habitants. En pleine saison, la population est potentiellement multipliée par 150.

Plus de 6.000 communes multiplient leur population par deux (et plus) durant l’été. Nous les avons représentées dans la carte ci-dessous.

Les villages en haute et moyenne montagne, dans les Pyrénées et les Alpes, ainsi que les petites stations de la côte atlantiques possèdent les taux de fonction touristiques les plus élevés. L’arrivée massive de touristes complique la vie des résidents: embouteillages, attente dans les commerces, difficultés à se garer ou à trouver un rendez-vous médical…

Parmi les grandes destinations françaises, le cap d’Adge voit sa population multipliée par 9, Cannes par 3 ou encore Antibes par 2.

La pression immobilière

Bien souvent, ces stations saturées se vident totalement une fois la saison terminée. Le village montagnard de Germ détient en effet un autre record: les logements secondaires ou occasionnels y représentent 96% des habitations. Dans le cap d’Adge, leur part atteint 70%.

Dans 1.5000 communes françaises, plus de la moitié des demeures sont inoccupées une partie de l’année (voir la carte ci-dessous).

Dans ces communes, les résidences secondaires et locations Airbnb privent ceux qui voudraient y vivre à l’année de centaines d’opportunités immobilières. Le tourisme tend le marché immobilier et oblige certains locaux à chercher des prix plus bas ailleurs.

Seule la Côte d’Azur semble épargnée par ce phénomène. En effet, les grandes villes portuaires comme Nice ou Cannes possèdent une forte population à l’année et possèdent ainsi en majorité des domiciles principaux.

La bétonisation du littoral

Cette affluence excessive met en danger l’environnement. Pour accueillir les masses de touristes, les stations ont lancé de grands plans de constructions. Les côtes ensoleillées de la Méditerranée se sont progressivement recouvertes de béton et d’asphalte. L’exemple de Saint-Raphaël est particulièrement flagrant. Entre cette carte postale des années 20 et aujourd’hui, le port a totalement changé d’apparence: des immeubles cachent désormais la cathédrale Notre Dame de la Victoire.

Avant/Après: Le port de Saint-Raphaël en 1923

La célèbre Croisette de Cannes a également bien changé en un siècle.

Avant/Après: La Croisette de Cannes en 1923

Emeline Gaube