BFMTV

Benoît XVI explique la pédophilie dans l'Église par la libération sexuelle des années 60

Le pape Benoît XVI en décembre 2015.

Le pape Benoît XVI en décembre 2015. - VINCENZO PINTO / AFP

Dans une lettre publiée ce jeudi, l'ancien pape a pointé le mouvement de libération sexuelle des années 60 pour expliquer les récents scandales de pédophilie qui secouent l'Église catholique ces derniers mois.

Pour le pape émérite Benoît XVI, les scandales de pédophilie du clergé s'expliquent à la lumière de la révolution sexuelle qui a eu lieu dans les années 60. Les changements historiques et culturels ont, pour lui, conduit à "une dissolution" de la moralité, et ainsi à l'avènement de l'homosexualité et de la pédophilie dans le catholicisme, l'ancien souverain pontife faisant un lien entre les deux. 

"La révolution de 1968 s'est battue pour une complète liberté sexuelle, qui n'admettait plus de normes", souligne le pape émérite allemand dans un texte touffu de 18 pages publié ce jeudi dans Klerusblatt, un mensuel bavarois destiné au clergé. 

Le développement de "cliques homosexuelles"

Puisant des exemples dans son Allemagne natale, le pape décrit "l'effondrement de grande ampleur" des vocations de prêtres après la révolution sexuelle des années 60. Selon lui, "le radicalisme sans précédent des années 1960" a fait souffler une "modernité" dans toutes les strates de la société y compris dans les séminaires formant des prêtres.

"Des cliques homosexuelles se sont développées dans différents séminaires", sans trop se cacher", relève-t-il de manière surprenante pour illustrer son propos sur une certaine "dissolution de l'enseignement morale de l'Église". Et un évêque avait par exemple décidé de montrer des films pornographiques aux séminaristes "avec l'idée de les rendre plus résistants à des comportements contraires à la foi", affirme-t-il.

"La pédophilie a alors également été diagnostiquée comme permise et appropriée", ajoute-t-il, dans cette lettre publiée par des sites catholiques américains.

"Dieu a disparu de l'espace public"

Le pape dresse en outre un constat assez amer d'une "société occidentale où Dieu a disparu de l'espace public" et où l'Eglise est perçue aujourd'hui comme "une sorte d'appareil politique". Benoît XVI, qui vit reclus dans un petit monastère de la Cité du Vatican, s'exprime très rarement depuis sa démission il y a six ans. Ce texte, qui le ramène sous les projecteurs, a fait l'effet d'une petite bombe jeudi chez certains théologiens ou victimes d'abus sexuels.

José Andres Murillo, un Chilien victime d'abus du clergé, a ainsi estimé ce jeudi que "le narcissisme théologique" de Benoît XVI avait "fait partie du problème de la culture d'abus et de silence de l'Eglise".

Le théologien américain Brian Flanagan juge quant à lui dans un tweet que le lien que Benoît XVI fait avec les années 60 constitue "une explication fausse et embarrassante". Julie Rubio, une théologienne du catholicisme, a jugé la lettre "profondément troublante", dans un tweet.

Jeanne Bulant