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Non, les personnes sans-domicile fixe ne meurent pas davantage durant l'été

Des personnes sans-domiciles fixes dormant dans un parc en Île-de-France. (photo d'illustration)

Des personnes sans-domiciles fixes dormant dans un parc en Île-de-France. (photo d'illustration) - Kenzo Tribouillard - AFP

Un discours répandu affirme que l'on constate plus de décès parmi les SDF l'été. En plus d'être faux, ce discours empêche d'aborder le véritable problème de fond.

En 2017, le sans-domicile fixe Christian Page affirmait à Brut que "il y a plus de gens qui meurent à la rue l'été que l'hiver". Dans cet entretien, l'ancien SDF parisien, très suivi sur Twitter, souhaitait médiatiser certains problèmes rencontrés par les sans-abris en période estivale: la déshydratation, la moindre présence des associations...

Un témoignage massivement partagé sur les réseaux sociaux... bien qu'il contribue à répandre une idée fausse: davantage de sans-domicile fixe meurent durant l'été. 

Difficile d'avoir des données précises sur les décès de SDF

Il est compliqué d'obtenir des chiffres précis sur les morts des SDF: on ne connait pas toujours leur identité, on ne constate pas toujours immédiatement leur décès... Mais ces difficultés n'empêchent pas le collectif Les Morts de la Rue d'essayer de comptabiliser ces disparitions. 

Comme le précise d'emblée l'association, leurs listes, qui contiennent entre 400 et 600 noms selon les années, "ne sont pas exhaustives". Selon eux, le véritable nombre de décès serait cinq à six fois plus élevé. Une estimation plus ou moins confirmée par l'Institut de la veille sanitaire en 2015, comme le rappelle Libération dans cet article

Leurs listes des morts de la rue permettent cependant d'en savoir plus sur certains points qui reviennent d'année en année. Par exemple, l'âge moyen du décès varie très peu depuis 2009 (entre 48 et 50 ans), tout comme la saisonnalité qui ne change pas beaucoup depuis les premiers rapports du collectif. 

La mortalité des SDF reste stable tout au long de l'année

Dans l'infographie ci-dessous, nous avons trié par mois l'ensemble des décès répertoriés par Les Morts de la Rue ces 10 dernières années.

En cliquant sur la barre de recherche en dessous, vous pouvez également consulter ces chiffres année par année depuis 2009.

Le constat est sans appel: le nombre de morts est relativement stable d'un mois à l'autre. Cécile Rocca, membre du collectif Morts de la rue, confirme cette tendance.

"Les sans-domiciles fixes ne meurent pas plus en hiver ou en été à cause des températures. Non, ce qui use ces personnes, c'est avant tout de vivre dans la rue tous les jours".

Une stabilité déjà confirmée en 2013 par le rapport de l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale qui démontrait que les taux de mortalité des SDF n'étaient finalement pas si différents que ceux du reste de la population. 

Des contre-vérités qui permettent de se déresponsabiliser?

Selon Cécile Rocca, au delà d'être faux, ce discours permet surtout de déresponsabiliser les politiques et les médias - "qui attendent chaque année le premier SDF mort de froid ou de chaud" pour évoquer les problématiques des sans-abris.

"Les températures hivernales, estivales on y peut rien, tout le monde les subit" contrairement à la lutte contre la précarité, contre laquelle on peut lutter toute l'année. Un problème déjà pointé du doigt en 2016 par Nicolas Clément, alors président du collectif Les Morts de la Rue:

"Bien sûr, il serait bon que, l’été, il n’y ait pas de pic de chaleur, et que l’hiver il n’y ait pas de pic de froid. Mais, sauf erreur, à cela on ne peut pas grand-chose. En revanche, on peut mieux suivre les personnes à la rue. Et déjà commencer par faire qu’elles ne soient plus ni à la rue, ni isolées. Leur mortalité en sera repoussée d’autant."

Louis Tanca