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Menus sans viande à Lyon: les "classes populaires" en mangent-elles moins que les foyers plus aisés?

Infographie sur l'alimentation des Français

Infographie sur l'alimentation des Français - BFMTV

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin estime que la mise en place d'un menu unique à Lyon empêchera "de nombreux enfants des classes populaires" de manger de la viande.

La mise en place d'un menu unique - sans viande, mais avec œufs et poissons - dans les cantines de Lyon irrite au sein du gouvernement. Sur son compte Twitter, Gérald Darmanin a dénoncé ce samedi la "politique moraliste et élitiste" du maire écologiste Grégory Doucet. Selon le ministre de l'Intérieur, cette mesure "exclut les classes populaires. De nombreux enfants n’ont souvent que la cantine pour manger de la viande".

Des propos appuyés par le ministre de la Santé Olivier Véran, en déplacement dans une Caisse d'allocations familiales à Lyon ce lundi:

"Je comprends que dans les familles en précarité, la viande, le poisson peuvent coûter cher, donc quand on met son enfant à l'école et à la cantine, c'est aussi l'occasion pour l'enfant d'avoir des protéines animales qui sont importantes dans un régime nutritionnel."

Les deux ministres sous-entendent donc que les enfants "des classes populaires" mangeraient, sans la cantine, moins de viande que ceux issus de familles plus aisés. Des rapports sur les comportements alimentaires des Français indiquent pourtant le contraire.

Une consommation plus forte chez les ouvriers

En septembre 2018, le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Crédoc) publiait une étude sur le rapport des Français à la consommation de viande, basée principalement sur des données collectées en 2016.

On y apprenait que les foyers où le responsable du ménage est un ouvrier consomment bien plus de viande au quotidien que les ménages menés par des CSP+ - les catgories socioprofessionnelles supérieures, les plus aisées - ou des professions libérales.

Beaucoup de viande surgelée

Une tendance confirmée par un autre rapport, publié en septembre 2020 par l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer (FranceAgriMer), principalement basé sur des données collectées en 2019.

Là aussi, les résultats montrent que les foyers les plus modestes (15% de la population française) consomment plus de viande que les foyers les plus aisés (15% de la population française), principalement sous forme de surgelés. L'écart se resserre lorsqu'on compare les achats de viandes fraîches.

L'infographie ci-dessous montre la répartition de la consommation de viande selon les revenus du foyer.

En cliquant sur le filtre "Répartition précise des viandes" - le bouton rouge situé juste au dessus du graphique - on constate de grandes disparités selon le type de viande. Les foyers les plus aisés consomment ainsi bien plus de lapin, de canard ou d'agneau que les foyers les plus modestes. Ces derniers consomment quant à eux beaucoup plus de panés de volaille ou de boeuf haché surgelés que les foyers les plus aisés.

La consommation de viande baisse de manière générale

Il convient cependant de préciser que la consommation de viande recule dans l'ensemble de la société française - peu importe la catégorie socio-professionnelle ou le niveau de revenus. Dans son rapport publié en septembre 2018, le Crédoc analyse cette tendance à la baisse :

"Depuis le milieu des années 2000 jusqu’à 2016, la consommation de produits carnés a baissé d’environ 12%. Le prix a souvent été un argument avancé pour l’expliquer. Néanmoins, les diminutions les plus importantes sont davantage le fait des catégories socioprofessionnelles supérieures (cadres et professions libérales) dont la consommation a chuté de 19%."

Les chercheurs notent également que la consommation de viande des "ouvriers, de grands consommateurs depuis plusieurs décennies" baisse de manière significative. En cause selon le Crédoc: les considérations de santé, d’impact sur l’environnement, de bien-être animal, le développement du "flexitarisme"...

Le menu unique dans les cantines de Lyon jusqu'en avril

Le maire EELV Grégory Doucet a répondu aux propos de Gérald Darmanin sur son compte Twitter, présentant la mise en place d'un menu unique à Lyon comme "une mesure sanitaire (...) garantissant un repas équilibré à tous nos écoliers".

Le menu sans viande sera servi dans les cantines de Lyon au moins jusqu'aux vacances de Pâques, début avril.

Louis Tanca Journaliste BFMTV