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Calais: les migrants montés illégalement à bord du ferry évacués par la police

Quelque 2.000 manifestants, accompagnés de personnalités politiques, ont marché depuis la "jungle" jusqu'au centre-ville pour l'amélioration des conditions d'accueil des migrants. Peu après la dispersion de la manifestation, Plusieurs dizaines de migrants ont réussi à monter à bord d'un ferry. Avant d'être évacués par la police.

Anglais, Français, Belges, Italiens... Quelque 2.000 personnes ont manifesté samedi après-midi à Calais dans le Pas-de-Calais en soutien aux migrants du camp de la "Jungle", réclamant "des conditions d'accueil dignes". La manifestation a été pacifiste. Mais après sa dispersion, des incidents ont eu lieu dans le port où plusieurs dizaines de migrants ont réussi à embarquer dans un ferry, après avoir forcé un barrage de CRS. Ils ont ensuite été évacués par la police, a indiqué le port de calais. Par mesure de sécurité, l'activité du port, qui est le premier port français de voyageurs, avait été suspendue.

"Réfugiés, bienvenue", "Calais, Lesbos, Lampedusa, nos frontières tuent", "Ouvrez les frontières, laissez-les entrer", pouvait-on lire sur des pancartes. "No jungle, no jungle", ont scandé les migrants qui ont pris part à la manifestation. "Ici, nous vivons de façon pire que des animaux !", s'est insurgé Wali, un migrant afghan qui vit dans la "Jungle", ce bidonville situé près de la rocade portuaire où survivent quelque 4.000 personnes.

Plusieurs collectifs de sans-papiers ont également pris part à cette manifestation. "Migrants d'hier et aujourd'hui, même combat pour l'égalité des droits", pouvait-on lire sur leur banderole. Des slogans "Sans papier en danger" ont également été scandés.

Un appel lancé à Valls et Cazeneuve

Des politiques ont également pris part à cette manifestation, notamment l'ex-candidat d'extrême gauche à l'élection présidentielle Philippe Poutou (NPA).

"Il y a urgence humanitaire. Il faut accueillir les migrants de manière digne, c'est le minimum qu'on puisse faire", a-t-il dit.
"On ne peut pas laisser cette situation perdurer ici. Les gens vivent dans des conditions inadmissibles, indignes, j'appelle Manuel Valls et Bernard Cazeneuve à prendre toutes les mesures qu'il faut pour régulariser cette situation", a déclaré de son côté Karima Delli, députée européenne écologiste.

Partis à 14 heures de la "Jungle" de Calais, les manifestants se sont dispersés à 16h30 après avoir atteint la place d'Armes au centre de la ville.

Bouchart et Bertrand demandent des sanctions.

La maire de Calais Natacha Bouchart a regretté "des débordements sérieux" en centre-ville où, a-t-elle rapporté, la statue du Général de Gaulle et dYvonne de Gaulle a été taguée "'Nik la France' (sic)".

"Une nouvelle fois, la preuve est faite par l'exemple que les manifestations organisées par des pseudo-défenseurs des migrants ont essentiellement pour vocation de perturber la vie économique", a-t-elle dit. Elle a aussi, sur BFMTV réclamé une mobilisation "de l'armée", jugeant la situation "intolérable".

"L'attitude des No Borders à Calais est scandaleuse : il faut des sanctions ! Je demande au gouvernement une réunion de crise en urgence", a pour sa part affirmé le nouveau président de la région Nord-Pas-de-Calais/Picardie Xavier Bertrand sur Twitter.

Une cinquantaine de migrants montent sur un ferry

Dans le port, la situation était plus critique. Une cinquantaine de migrants ont réussi samedi à monter illégalement à bord d' un ferry dans le port de Calais, un fait rarissime, à l'issue de la manifestation. Vers 17 heures, un groupe de 500 personnes a forcé le barrage de CRS en direction du port et 150 personnes ont pu s'introduire dans l'enceinte. Sur ceux-ci, un groupe d'une cinquantaine a pu monter sur un ferry", a indiqué la préfecture du Pas-de-Calais. Le bateau concerné était le "Spirit of Britain" affrété par la compagnie britannique P&O. "Il revenait de Douvres et plus aucun passager n'était sur place. Il ne restait plus que quelques poids lourds", selon P&O. Par mesure de sécurité, l'activité du port avait été suspendue. Mais les migrants ont finalement été évacués par la police vers 20h30.

La préfecture du Pas-de-Calais a indiqué à BFMTV que 110 migrants ont été évacués de la zone portuaire, et 24 ont été interpellés. Onze membres du collectif No Borders ont également été arrêtés. Tous sont entendus dans les locaux de la police aux frontières de Coquelles.

La "jungle", plus grand bidonville de France

Environ 4.000 migrants, venus majoritairement d'Afrique de l'Est, du Moyen-Orient et d'Afghanistan, vivent dans la "Jungle" de Calais, considérée comme le plus grand bidonville de France, dans l'espoir d'atteindre l'Angleterre, considéré par eux comme un eldorado. Le 11 janvier, un centre d'accueil provisoire (CAP) composé de 125 conteneurs chauffés de 12 places pouvant accueillir 1.500 migrants a été inauguré. Dans le même temps, à une quarantaine de kilomètres plus au nord, le leader de l'opposition britannique, le travailliste Jeremy Corbyn, s'est rendu dans le camp de migrants de Grande-Synthe, pour prendre connaissance des conditions difficiles dans lesquelles survivent quelque 2.500 migrants et s'entretenir avec les nombreux bénévoles, notamment britanniques, selon plusieurs sources associatives.

D. N. avec AFP