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La sécurité des oeuvres de la BnF en question après le vol de gravures anciennes

Le site de la Bibliothèque nationale de France rue de Richelieu accueille plus de 40 millions de documents.

Le site de la Bibliothèque nationale de France rue de Richelieu accueille plus de 40 millions de documents. - Eric Feferberg - AFP

43 estampes, reproductions de dessins du peintre flamand Brueghel l'ancien, ont été dérobées en février dernier dans les collections de la Bibliothèque nationale de France. Un employé a été arrêté et mis en examen dans cette affaire. Aujourd'hui, les systèmes de sécurité ont été renforcés. De façon inadaptée, selon les syndicats.

A la Bibliothèque nationale de France (BnF) à Paris, le personnel est atterré. L'un de leur membre s'est rendu responsable d'un vol de grande ampleur. En février dernier, l'établissement public sous tutelle du ministère de la Culture s'est aperçu de la disparition de 43 estampes, des gravures reproduisant des dessins d'un peintre flamand, Brueghel l'ancien, évaluées à plus de 130.000 euros au total. 

La volatilisation de ces gravures a été mise en évidence alors qu'un chercheur souhaitait consulter les documents. Les bibliothécaires se sont rendus compte que le fascicule qui contenait ces reproductions était vide et lacéré au cutter. Une plainte a été déposée le 13 mars. 

Après quatre mois d'enquête confiée à la brigade de répression du banditisme, le 3 juillet dernier, un homme a été arrêté. Placé en garde à vue, le suspect, un magasinier du site Richelieu basé dans le IIe arrondissement parisien, a avoué. Il a été mis en examen. Son domicile, où une vingtaine d'oeuvres ont été retrouvées, a été mis sous scellé. Pour le confondre, les enquêteurs ont remonté une filière via un marchand d'art néerlandais qui avait revendu les oeuvres à un Belge.

40 millions de documents conservés

La direction de la BnF, elle, a annoncé mercredi le renforcement de la sécurité sur ce site en travaux depuis plusieurs années: installation de caméras à l'intérieur des magasins, remplacement des serrures par des lecteurs de badges ou encore contrôle aléatoire des affaires du public et du personnel. Pour autant, se pose la question de ces quelque 40 millions de documents conservés sur le site de Richelieu. 

Pour cela, Sylviane Tarsot-Gillerey, la directrice de déplacement, compte sur les conclusions d'un audit externe sur la sécurité mené par une société spécialisée en matière de sécurité, et lancé cette semaine dans l'urgence. "Nous avions déjà en tête de mener une telle étude, notamment car nous allons avoir une grosse opération de transfert des oeuvres lors du déménagement prévu en 2016, explique-t-elle à BFMTV.com. Ces vols ont accéléré les choses."

Consciente que le "risque zéro" n'existe pas, Sylviane Tarsot-Gillery assure que le système de sécurité est "efficace jusqu'à ce qu'un vol prouve qu'on peut le détourner".

D'autres disparitions mystérieuses

Dans les couloirs de la BnF, les reproches sont pourtant nombreux. Portes des magasins laissées ouvertes, oeuvres redécouvertes derrière des étagères... certains dénoncent de nombreux dysfonctionnements, liés la plupart du temps à des négligences en matière de conservation. Mais le gros du problème reposerait sur un manque d'inventaire de l'ensemble des collections. Car après la révélation du vol des 43 estampes, l'établissement s'est rendu compte de la disparition d'une vingtaine de cartes d'atlas, vieilles de plusieurs centaines d'années et d'une valeur totale de plusieurs centaines de milliers d'euros.

"De nombreuses oeuvres n'ont pas été référencées et, pour un certain nombre, elles ne l'ont même jamais été", dénonce Gaël Menage, le secrétaire adjoint de la CGT à la Bnf. Selon l'organisation syndicale, cette situation serait liée à un manque de personnel, en diminution constante depuis des années. "Les caméras ne vont pas servir à grand chose, assure Gaël Menage. Il n'y a rien de troublant à ce qu'un membre du personnel circule avec une pièce. L'audit de sécurité va arriver aux mêmes conclusions que nous. Tant que nous ne saurons pas ce qu'il y a dans les collections, des documents pourront disparaître très facilement." 

Justine Chevalier