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Intrusion dans la Pitié-Salpêtrière: le précédent de l'hôpital Necker pendant le mouvement anti-loi Travail

L'hôpital de la Pitié-Salpêtrière a donné 850 portions en 16 jours de collecte

L'hôpital de la Pitié-Salpêtrière a donné 850 portions en 16 jours de collecte - BORIS HORVAT / AFP

Durant la mobilisation contre la loi Travail en 2016, les dégâts commis sur l'hôpital Necker-Enfants malades du XVe arrondissement de Paris avaient permis au gouvernement de l'époque de condamner le mouvement de contestation.

Si "l'apocalypse" annoncée a été évitée à Paris le 1er mai, les dégâts causés dans l'enceinte de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière ont suscité une indignation quasi-unanime. "On est passé au bord de la catastrophe", a dénoncé sur franceinfo le patron de l'AP-HP, Martin Hirsch. 

Le symbole est fort. Il risque bien d'être le principal retenu de cette Fête du travail sous tension, lors de laquelle des black blocs se sont infiltrés dans le cortège syndical. Parmi ceux qui se sont introduits dans l'hôpital du XIIIe arrondissement de Paris, certains avaient le visage dissimulé, d'autres arboraient le gilet jaune.

Le risque, pour ce mouvement qui secoue la France depuis plus de cinq mois, est d'être définitivement associé, désormais, aux casseurs et de perdre une part importante du soutien de l'opinion. 

Vive émotion

Est-il possible, pour autant, d'établir une comparaison avec les dégradations subies par l'hôpital Necker en juin 2016, en pleine mobilisation contre la loi Travail? À l'époque, les manifestations d'ampleur se succèdent sur plusieurs mois. Les face-à-face entre forces de l'ordre et casseurs s'infiltrant dans le mouvement sont de plus en plus tendus. 

Le mardi 14 juin, des affrontements éclatent entre manifestants en tête de cortège syndical et des policiers à l'angle du boulevard des Invalides et de la rue de Sèvres. "Des centaines de projectiles ont été lancées, mais ils ne visaient pas l’hôpital", témoigne un manifestant auprès du Monde le lendemain.

Au final, une quinzaine de baies vitrées sont brisées d'après la direction de l'établissement. Sur le coup, l'émotion est vive, d'autant qu'il s'agit d'un hôpital pour enfants. Le directeur général de l'AP-HP, Martin Hirsch, insiste sur le fait que "pendant ces attaques, il y avait des enfants qui étaient opérés et des équipes soignantes au travail, sous les bruits et les menaces des projectiles".

Exploitation politique?

Le Premier ministre Manuel Valls et son ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, s'appuient sur l'événement pour décrédibiliser la contestation du projet de loi porté par Myriam El Khomri. Ils laissent entendre que les prochaines manifestations pourraient être interdites et reprochent aux syndicats, notamment la CGT, de ne pas savoir tenir leurs troupes. Au point d'être accusés par certains, en retour, d'exagérer la gravité de la séquence pour en tirer un profit politique. Reste à savoir si l'actuel gouvernement tombera dans cet écueil. Le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a publié un tweet ce jeudi allant dans ce sens.

Si le mouvement anti-loi Travail reprend son cours à peu près normal (et tendu) à la fin du mois de juin et courant juillet, ses effectifs s'essoufflent. Dès lors, la bataille se joue davantage à l'Assemblée nationale où Manuel Valls, face aux "frondeurs" de sa majorité, décide finalement de passer en force en activant l'article 49-3 de la Constitution. 

Jules Pecnard