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Il y a 20 ans, un jeune Marocain était jeté à la Seine par un manifestant du FN

Le 1er mai 2007, des militants d'associations contre le racisme rendent hommage à Brahim Bouarram à Paris.

Le 1er mai 2007, des militants d'associations contre le racisme rendent hommage à Brahim Bouarram à Paris. - Jean Ayissi - AFP

Vingt ans après sa mort, des associations et partis politiques appellent à rendre hommage à Brahim Bouarram, un jeune Marocain poussé dans la Seine par un manifestant d'extrême droite, en marge du défilé du FN.

"C'était il y a 20 ans, mais cela aurait pu être aujourd'hui". Par ces mots, un collectif d'associations appelle à commémorer le meurtre de Brahim Bouarram, un jeune Marocain de 29 ans tué en marge d'un défilé du Front national

Le 1er mai 1995, comme tous les ans depuis 1988, le parti alors dirigé par Jean-Marie Le Pen défile en l'honneur de Jeanne d'Arc. Nous sommes entre les deux tours de l'élection présidentielle. La fin du défilé, qui a attiré 12.000 personnes, arrive pont du Carrousel. Quelques mètres plus bas, Brahim Bouarram, un jeune Marocain de 29 ans, a rendez-vous avec son amie sur les berges. Il ne la retrouvera jamais: apostrophé par quatre skinheads venus de Reims défiler avec le Front national, il est jeté à la Seine par l'un d'eux après une brève altercation. Brahim Bouarram ne sait pas nager, or le fleuve est en crue et le courant assez fort. Il se noie.

L'événement bouleverse la fin de la campagne électorale de l'époque. Jean-Marie Le Pen déclare immédiatement qu'il s'agit d'un "fait divers" n'ayant "aucun rapport" avec le Front national. Jacques Chirac, lui, exprime sa "consternation" et son "indignation devant un geste sauvage qui semble être de nature raciste". Deux jours plus tard, François Mitterrand, président de la République pour encore quelques jours, vient se recueillir à l'endroit où le jeune homme a été poussé dans la Seine. "Je ressens ce crime comme une grande souffrance", avait dit le chef de l'Etat, après avoir jeté un bouquet de muguet dans la Seine.

Un hommage pour les 20 ans du meurtre

Le 15 mai 1998, la cour d'Assises de Paris condamne Mickaël Fréminet à huit ans de prison pour le meurtre du jeune Marocain. Ses trois amis, eux, sont condamnés à des peines plus légères pour non-assistance à personne en danger.

Depuis, la mort de Brahim Bouarram est devenue un symbole de la lutte contre le racisme. Chaque premier mai est l'occasion pour de nombreuses associations de se recueillir et de lui rendre hommage sous le pont du Carrousel. En 2003, le maire de Paris Bertrand Delanoë a fait installer une plaque commémorative. En 2012, lors de l'entre-deux tours de l'élection présidentielle, un rassemblement avait eu lieu en présence de deux candidats éliminés, Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche) et Eva Joly (EELV), ainsi que le fils de Brahim Bouarram, Saïd. Il avait neuf ans à l'époque des faits.

Associations et partis politiques appellent comme chaque année à un rassemblement le premier mai, pont du Carrousel à Paris. Vendredi, il aura lieu de 11 heures à midi. On y retrouvera notamment la Ligue des droits de l'homme, le Mrap mais aussi le Parti de gauche, le PCF ou encore les écologistes d'EELV. Cet hommage, bien que devenu rituel, ne sera pourtant pas comme les autres, vingt ans jour pour jour après le meurtre. Car, à l'heure où le Front national tente de lisser son image en dépit des sorties tonitruantes de Jean-Marie Le Pen, les organisations participantes dénoncent à l'unisson une "banalisation" du racisme en France. Et assènent à nouveau: "L'assassinat de Brahim Bouarram est plus que jamais d'actualité".

https://twitter.com/ariane_k Ariane Kujawski Journaliste BFMTV