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Ebola: "un virus, cela mute forcément"

Une affiche de prévention contre Ebola, le 24 août 2014 à Abidjan.

Une affiche de prévention contre Ebola, le 24 août 2014 à Abidjan. - Sia Kambou - AFP

Ebola, le virus qui frappe l'Afrique de l'Ouest et angoisse le monde entier depuis plusieurs mois, menace-t-il de se transformer?Et si oui, deviendrait-il forcément plus dangereux?

La phrase choc a été prononcée dimanche par le président des Etats-Unis en personne. "Si rien n'est fait maintenant et si (le virus Ebola) se répand en Afrique et dans d'autres régions du monde, le virus pourrait muter". Barack Obama a mis en garde, le virus "se transmettrait plus facilement et représenterait un réel danger aux Etats-Unis". Qu’a-t-on à redouter au juste? BFMTV.com fait le point.

Oui, le virus Ebola mute

Il y a 5 types de virus Ebola plus ou moins mortels. Celui de l'actuelle épidémie est nommé EBOV, pour Ebolavirus Zaïre. Et la mutation de ce virus n’a rien d’une surprise.

Fin août, la revue américaine spécialisée Science, mettait déjà en garde sur le fait que le virus pourrait être en train de s'adapter pour mieux se transmettre entre humains. Le "génome du virus change assez rapidement" ont montré les spécialistes, qui ont relevé pas moins de 395 mutations du virus en étudiant les cas de 78 malades.

Comme tous les virus

Pas de quoi s’affoler pour autant. Car tous les virus mutent. "C’est une lapalissade. C’est comme si on disait ‘une voiture ça roule’. Un virus, ça mute forcément, comme tous les êtres vivants", relativise Eric Leroy, spécialiste du sujet au sein de l'Institut de recherche pour le développement (IRD). Sauf que plus le virus circule, plus il aura une chance de muter vers une version plus dangereuse pour l’homme.

"Certaines familles virales mutent plus vite que d’autre", explique, à BFMTV.com, le chercheur, basé au Gabon, qui détaille: "jusque là, Ebola était caractérisé par une vitesse de mutation assez faible en comparaison, par exemple, du VIH".

Une quinzaine d’épidémies du virus Ebola ont, en effet ,été recensées depuis 1976, mais il s’agissait d’épidémies de petite taille, jusqu’à 200 cas environ. Le virus s’est donc peu répliqué, et a peu muté. Or, l’épidémie actuelle, qui a déjà touché plus de 3.900 personnes, pourrait concerner jusqu’à 20.000 cas, selon l'OMS. "Pour qu’un virus mute, il faut qu’il se multiplie", explique encore Eric Leroy , or un millilitre de sang contaminé peut contenir entre 100 millions et un milliard de virus qui peuvent muter.

Mais en quoi pourrait-il muter?

De nombreuses mutations de virus n’ont pas de conséquences d’un point de vue "extérieur". Mais plus il y a de mutations, plus il y a de risques de modifications du "phénotype" du virus. Autrement dit, peu à peu, la virulence des symptômes ou le mode de transmission du virus (actuellement transmissible par les fluides corporels) peuvent changer. "Le virus pourrait alors se transmettre soit par voie vectorielle (des insectes, comme pour le chikungunya) soit par voie respiratoire", facilitant nettement la contamination.

Un scénario noir qui doit être envisagé "à l’échelle de la dizaine d’année voire plus", relativise le Eric Leroy qui ne voit pour l'heure qu'"un risque lointain". Autrement dit les propos de Barack Obama sur les mutations du virus Ebola sont vrais mais restent imprécis. De quoi rassurer les plus anxieux. Pour le moment...

Aurélie Delmas