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Crise aux urgences: la France investit-elle plus dans ses hôpitaux que ses voisins européens?

Le services des urgences à Toulouse. (photo d'illustration)

Le services des urgences à Toulouse. (photo d'illustration) - PASCAL PAVANI / AFP

Bien qu'elle soit souvent citée en exemple à l'international pour sa politique en matière de santé, la France n'est pourtant pas l'Etat européen qui investit le plus de moyens dans ses hôpitaux.

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn présente ce lundi un "plan d'actions" pour répondre à la crise des urgences. En six mois, la contestation n'a cessé de s'étendre et concerne désormais la moitié des services d'urgences du secteur public.

Face à cette contestation d'une ampleur inédite, la ministre de la Santé a déclaré que le gouvernement allait "mettre de l'argent dans des solutions qui vont régler le problème sur le long terme".

Si la France est l'un des pays européens qui investit le plus d'argent dans le domaine de la santé (sécurité sociale, équipements médicaux...), ce n'est pas forcément le cas pour les hôpitaux.

Selon les données d'Eurostat, la France consacrait en 2017 3,4% de son produit intérieur brut aux établissements hospitaliers. C'est plus que la moyenne de l'UE (3,2 %) mais c'est aussi moins que la Belgique (3,9%) ou le Danemark (6%).

Outre le manque de moyens financiers, les urgentistes français en grève réclament également au ministère de la Santé des lits supplémentaires.

La France compte-t-elle beaucoup de lits dans ses hôpitaux?

Ces derniers mois, les situations critiques dues au manque de matériel se sont multipliées. A l'hôpital parisien Lariboisière par exemple, des draps ont été posés à même le sol pour héberger des mères sans-abri et leurs enfants.

D'après Eurostat, la France compte pourtant beaucoup de lits hospitaliers comparé à ses voisins. Proportionnellement à sa population, l'Hexagone en a par exemple deux fois plus (600 lits pour 100.000 habitants) que le Royaume-Uni ou l'Espagne. Certains Etats fournissent cependant bien plus de matériel, comme l'Allemagne (800 lits).

Outre des lits et des moyens supplémentaires, les grévistes réclament aussi la création de nouveaux postes. Une demande à laquelle la ministre de la Santé a répondu de manière ambigüe, déclarant qu'elle apporterait des "moyens, mais pas simplement pour financer des postes en plus dans les urgences, parce que ce serait reculer pour mieux sauter".

La France a le plus grand nombre d'employés hospitaliers en Europe

En même temps, la France compte déjà plus de 1,1 million d'employés - soit plus que l'Allemagne, qui compte pourtant beaucoup plus d'habitants. Proportionnellement à sa population, la France devance ainsi la majorité des Etats membres de l'UE.

Elle n'attend cependant pas le niveau de la Suisse, de la Norvège ou du Danemark - un pays souvent cité en exemple pour sa gestion des urgences.

Le Danemark, un exemple à suivre?

Là-bas, la mise en place d'un numéro de téléphone spécial a permis de rediriger de nombreux patients ne se trouvant pas dans des situations graves vers des médecins généralistes, ce qui a permis de désengorger les urgences. La différence entre les deux pays est impressionnante: en 2013, on comptait 156 passages aux urgences pour 1000 habitants au Danemark contre 279 en France

La recette danoise est cependant loin de faire l'unanimité auprès des syndicats d'urgentistes français. Même Agnès Buzyn, qui déclarait fin août vouloir prendre exemple sur ce pays, a décrit ce système comme "très violent".

La ministre de la Santé avait cependant confirmé dans la foulée que le gouvernement travaillait à un "numéro de téléphone de régulation médicale".

Louis Tanca