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Coronavirus: pourquoi le déconfinement généralisé est une mauvaise idée

Infographie sondage Ifop

Infographie sondage Ifop - BFMTV

Selon plusieurs médecins, une levée brutale du confinement pourrait entraîner une nouvelle vague de contaminations.

Il y a le quand et le comment. Alors qu'Edouard Philippe estimait jeudi soir que le confinement ira probablement au delà du 15 avril, le Premier ministre a précisé que le déconfinement "ne pourra intervenir que de façon progressive". 

Une décision jugée nécessaire pour le Pr Christophe Rapp, infectiologue à l'hôpital américain de Paris. "Il est difficile de croire qu'on va déconfiner de façon globale", confiait dès la semaine dernière le médecin, expliquant que la prise en compte du nombre de personnes touchées aura son importance pour sa mise en place.

"Si on relâche trop rapidement, qu'il y a une partie de la population qui n'est pas infectée et qui est susceptible de l'être, on risque d'avoir un rebond de l'épidémie avec de nouveaux cas", indique l'infectiologue.

"Cela risque de faire repartir l'épidémie aussi vite"

Même son de cloche pour Pascal Astagneau, infectiologue à l’hôpital de La Pitié Salpêtrière, responsable du CPias Île-de-France (Centre d'appui pour la prévention des infections associées aux soins). 

"Le déconfinement cela ne veut pas dire que tout le monde va sortir dans la rue et faire la fête dans la seconde qui va suivre. Ce serait une catastrophe", prévient le médecin qui explique que "ce serait considérer que l'incendie est éteint alors qu'il y a des braises par terre et qu'il y a du vent. Cela risque de faire repartir l'épidémie aussi vite".

Face à cette crise sanitaire exceptionnelle, les modalités de sortie du confinement "restent complètement à déterminer", confie le Pr Christophe Rapp, "il va falloir un petit peu tâtonner".

Le déconfinement par tranche d'âge, une stratégie envisagée

Une levée du confinement étapes par étapes serait une stratégie payante selon Martin Blachier, médecin de santé publique et directeur de PH Expertise, une société spécialisée dans la modélisation des maladies qui recommande un "déconfinement progressif par tranche d'âge en commençant par les personnes les moins à risque de contracter une forme sévère de la maladie".

"Dès que le premier pic épidémique dans lequel nous sommes est passé et que vous avez les lits de réanimation qui commencent à être moins en surcharge, vous pouvez lever le confinement pour les personnes jeunes, les moins à risque d'avoir une forme sévère de la maladie", précise le médecin. 

Si un second pic épidémique surviendrait au cours de cette première phase, il toucherait une population plus jeune et donc moins à risque, les capacités hospitalières seraient alors disposées à prendre en charge les formes sévères de la maladie. Ces personnes moins à risque s'exposeraient et s'immuniseraient, créant ce qu'on appelle une "immunité de groupe". 

"Une fois celle-ci mise en place, vous pouvez laisser sortir les personnes les plus fragiles qui vont arriver dans une population immunisée et dans laquelle le virus circulera moins. Le pic épidémique sera alors bien plus faible et les services de réanimation ne seront pas surchargés", conclut Martin Blachier.

Un confinement intermittent? "Moins efficace"

Autre hypothèse étudiée par la société de modélisation: le confinement intermittent qui consisterait à passer deux semaines en confinement et une semaine non confinée.

"Un scénario beaucoup moins efficace que celui par tranche d'âge", répond le directeur de PH Expertise, "vous profitez beaucoup moins de l'immunité de groupe, en particulier dans la population la plus à risque de faire des formes sévères".

"C'est le nombre de personnes actuellement protégées naturellement par le virus" qui manque comme données pour Pascal Astagneau à savoir les personnes ayant contracté le virus et qui ont été guéries mais également celles qui sont restées asymptomatiques et devenues immunisées. Une proportion de la population qu'"on ne connaît pas encore bien" explique l'infectiologue qui appelle à multiplier les tests.

"Il y a des projets pour faire des évaluations massives afin de savoir si la population est ou non immunisée. Cela aidera beaucoup pour la levée des mesures de confinement en fonction du taux d'immunisation de la population."
Hugues Garnier