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Ces urbains qui ne supportent plus le bruit depuis le déconfinement

Des voitures, deux-roues et bus rue de Rivoli, à Paris, en 2018 (photo d'illustration)

Des voitures, deux-roues et bus rue de Rivoli, à Paris, en 2018 (photo d'illustration) - AFP

Le silence et le chant des oiseaux avaient remplacé les sirènes et klaxons pendant le confinement. La vie en ville leur paraît aujourd'hui bien trop bruyante.

Un calme olympien. Pour ces citadins et citadines, le confinement a été un répit et une pause inespérée dans le brouhaha quotidien des villes. Mais depuis que la vie a repris son cours, que les klaxons, sirènes et bruits des moteurs ont remplacé cette parenthèse insonore inattendue, le silence leur manque.

"Tous les bruits me paraissent amplifiés"

C'est le cas d'Alexandra*, une Parisienne de 31 ans, qui habite à une rue de la place de la Bastille, dans le XIe arrondissement, haut lieu de circulation routière et rendez-vous des fêtards.

"Habituellement, le bruit fait partie de ma vie, raconte-t-elle à BFMTV.com. C'est une sorte de tourbillon ininterrompu."

Mais avec la forte réduction de la circulation automobile et l'absence des noctambules, la jeune femme a découvert qu'elle pouvait rester chez elle tout en gardant les fenêtres ouvertes. Une révélation.

"Je n'avais jamais remarqué auparavant le claquement des portières des voitures. Pendant le confinement, il n'y avait plus aucun passage dans ma rue. Mais maintenant que les bars et restaurants ont rouvert, les portes n'arrêtent pas de claquer, je n'entends que ça. Tous les bruits me paraissent aujourd'hui plus forts, comme s'ils étaient amplifiés."

Autre désagrément qui ne la perturbait pas mais qui dorénavant pollue son quotidien sonore: le bruit des activités nocturnes. "Depuis que les bars et les restaurants ont rouvert, il y a de la musique fort tard le soir, des éclats de rires, des gens alcoolisés qui chantent ou parlent fort dans la rue, détaille encore Alexandra. Pourtant, j'y étais habituée, c'est même ce qui m'a plu dans ce quartier." Si, avant, ça ne la dérangeait pas, aujourd'hui, ça la crispe.

"J'ai l'impression d'être retombée dans une spirale de bruits et je vis cela comme une agression. Je me suis rendu compte qu'autre chose était possible."

C'est pour cela que la jeune femme ne se voit plus rester à Paris. Actuellement en formation dans le digital, elle espère que sa situation professionnelle pourra prochainement lui permettre de partir s'installer dans un espace "où je pourrai de nouveau entendre le matin le chant des oiseaux et le vent dans les arbres".

Baisse de 80% de l'énergie sonore

Selon une étude menée sur les effets du confinement puis du déconfinement sur le bruit en Île-de-France menée par Bruitparif, une association qui lutte contre les nuisances sonores, une baisse de 65% de l'énergie sonore a ainsi été enregistrée en journée durant cette période et jusqu'à 80% la nuit. À tel point que les stations de mesure de Bruitparif ont pu relever à 20 heures les applaudissements en faveur des soignants et personnels mobilisés durant la crise du Covid-19 du fait de la "très forte diminution du bruit ambiant".

L'association, qui a interrogé les Franciliens, note encore que durant le confinement, "les sons d'origine naturelle sont devenus prépondérants, suivis par les sons venant du voisinage puis seulement par le bruit routier (…) première source de bruit des transports la plus fréquemment perçue".

Sans surprise, Bruitparif pointe une ré-augmentation progressive du bruit depuis le début du déconfinement avec un retour à une situation proche de la situation habituelle depuis début juin.

"Le bruit nous asphyxie"

Si Christian Hugonnet, président fondateur de La Semaine du son, estime que le confinement a permis une prise de conscience nationale de ce que pourrait être une ville moins bruyante, il espère que ce ne sera pas qu'une simple parenthèse.

"Le confinement a permis de faire baisser le niveau sonore de 10 décibels, ce qui correspond à deux fois moins fort, explique-t-il à BFMTV.com. À peu près comme Paris le samedi matin ou en semaine entre 4 heures et 5 heures, ce que l'on appelle l'heure bleue."

Et souhaite que l'acoustique soit davantage intégrée aux questions d'urbanisme. "La place de la République, tout comme Bastille ou Nation, sont des non-sens, déplore-t-il. Il y a des bancs, mais pour quoi faire? On ne s'entend pas. Tout est bruyant. À aucun moment on ne se pose la question du son, or cela crée pourtant de la violence. Le bruit nous immerge et nous asphyxie. Quand on entend mieux, on voit mieux. Beaucoup de Parisiens ont redécouvert leur quartier grâce au silence."

C'est pour cela qu'il travaille actuellement avec la ville de Courbevoie, dans les Hauts-de-Seine, pour redessiner une place.

"Ce sera la première fois que l'on va penser une zone à partir de la maîtrise du sonore", s'enthousiasme Christian Hugonnet.

Matériaux absorbants, reliefs, façades inclinées pour renvoyer le son vers le ciel: les solutions existent, assure cet acousticien. Et cela serait bien plus important qu'on ne le soupçonne.

Les effets du bruit sur la santé sont nombreux: perturbation du sommeil, effets sur l'intelligibilité de la parole ou encore aggravation des pathologies cardio-vasculaires, comme le rappelle le ministère de la Santé. Selon l'Agence européenne de l'environnement, la pollution sonore est même responsable chaque année de quelque 12.000 morts prématurées.

Double vitrage et rue sans camion

Hanna*, 35 ans, résidait pendant le confinement dans un appartement du XVIIIe arrondissement de Paris, "au-dessus d'un carrefour". Si elle assure avoir "toujours été sensible au bruit", elle se souvient pour BFMTV.com avoir pensé le 11 mai - au premier jour du déconfinement - "ah oui, quand même, on était dans le calme". Depuis, elle a déménagé et a veillé à ce que sa nouvelle adresse ne soit pas située au cœur d'un concert de décibels.

"En faisant des visites, je me suis rendu compte que tous les appartements ou presque donnaient sur une avenue, une rue ou un carrefour avec forcément des moteurs de voitures, de motos, des feux rouges. Le bruit fait partie de la vie du citadin mais le fait d'avoir été basculée du jour au lendemain, sans préparation, d'un environnement extrêmement bruyant à un monde silencieux, puis l'inverse, rend la chose flagrante."

Elle vit désormais à proximité d'un croisement de rues moins passantes et surtout sans camion.

"J'ai remarqué que le bruit jouait sur le moral, la fatigue. C'est une source de stress supplémentaire."

Hanna a ainsi veillé à ce que les fenêtres comportent du double vitrage et a opté pour de l'électroménager silencieux.

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https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV