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Lever le couvre-feu avant le 30 juin? Une décision encore prématurée selon les médecins

Face aux indicateurs de l'épidémie de Covid-19 qui se rétablissent et à la vaccination qui avance, de nombreux Français aimeraient la levée immédiate du couvre-feu, sans attendre le 30 juin. Les médecins expriment cependant des réserves.

Un taux d'incidence - et plus largement les indicateurs - qui baisse sensiblement, au point que, dans le Sud, des communes comme Cornillon-Confoux font même tomber le masque en extérieur ; une vaccination qui gagne terrain et vitesse (26 millions de primo-vaccinés chez les adultes) ; un printemps déconfiné et ensoleillé dont on ne peut s'empêcher de tirer un optimisme qui n'a rien de scientifique. Sans oublier ces événements collectifs promettant d'animer la vie sociale des Français et de prolonger leurs soirées, comme l'Euro de football, qui débutera bientôt.

Pourtant, et ce jusqu'au 9 juin, les Français n'ont que le permis de 21h, après quoi les règles du couvre-feu les exposent à une amende de 135 euros. Puis, à compter du 9 juin, l'extinction des feux et le calfeutrage obligatoire seront repoussés à 23h. Il faudra attendre le 30 juin pour la levée totale du dispositif.

Mais l'envie d'une abolition immédiate ou en tout cas accélérée du couvre-feu est de plus en plus nette chez les Français. Cependant, les médecins interrogés par BFMTV ce mercredi préconisent, pour la plupart d'entre eux, de s'en tenir au calendrier fixé.

Attention au plateau

Antoine Flahaut, épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale de l'université de Genève, a mis en garde sur BFMTV: "Partout où on déconfine trop rapidement, on risque d'arriver à un plateau. En décembre, à la fin du deuxième confinement, on était sur un plateau de 10.000 cas par jour et ça n'a fait que monter".

Mardi soir, la moyenne hebdomadaire des cas rapportés au quotidien était encore de 9732. "Mais si on descend à moins de 5000 cas par jour - et on y sera peut-être le 9 juin - et même sous les 1000 cas, on pourra avoir une vie pratiquement normale", a fait valoir Antoine Flahaut.

"Il faut être très prudent"

Les conditions sine qua non de cette vie "pratiquement normale" donc, la patience, encore et toujours, et le couvre-feu. Pour Enrique Casalino, chef des urgences à l'Hôpital Bichat, le couvre-feu a été "utile".

"Ça a été une mesure utile, le couvre-feu à 18h et 21h même si c'est douloureux, ça a réduit la mobilité de la population, ça réduit le nombre de contacts entre les personnes. Ce sont incontestablement des mesures qui ont un impact sur la circulation virale", a-t-il expliqué sur BFMTV.

"Alors, relever progressivement ces mesures, ça me paraît parfaitement raisonnable", a-t-il concédé nuançant toutefois: "De l'autre côté il faut être très prudent. Le virus circule encore, donc chacun d'entre nous doit rester très vigilant, très respectueux des règles de distanciation, des règles-barrières, c'est comme ça que nous pourrons avancer et passer un été dans de bonnes conditions". 

L'été promet d'autant plus que l'appel d'air des beaux jours est avant tout un appel du plein air, comme l'a noté le docteur Jérôme Marty, président de l'Union française pour une médecine libre.

"Ce que l'on sait c'est que quand il fait beau on est à l'extérieur et quand on est à l'extérieur, on est davantage protégé, parce qu'il n'y a pas de phénomène de cluster". Pas question, pourtant, de surévaluer le facteur atmosphérique, a poursuivi le praticien: "On voit bien que les virus circule aussi dans les pays chauds. (...) La chaleur manifestement n'a pas de rôle".

Renforcer la vaccination

La levée du couvre-feu repose donc sur d'autres piliers. À vrai dire, elle repose surtout sur des variables dont la connaissance est pour le moment malaisée, voire impossible selon le professeur Casalino. "Nous ne savons pas quel sera le comportement des Français. Tout le monde restera-t-il respectueux des mesures barrières? (...) La deuxième variable, c'est la protection offerte par ces vaccins contre les nouveaux variants", a-t-il rappelé.

"La prévention est un combat de tous les jours! C'est la persévérance et la pédagogie, c'est un peu rabâcher. Et il faut encore renforcer la vaccination. Il faut des objectifs bien plus ambitieux en termes de nombre de personnes vaccinées", a-t-il également observé.

Chez les médecins, le consensus se fait bien sûr autour du vaccin. Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des Syndicats Médicaux Français, l'a martelé sur notre antenne: on ne peut pas délier, selon lui, l'abandon du couvre-feu et la progression de la vaccination dans la population.

"Je pense que l'accélération de l'allègement de ces mesures de restriction dépend des Français et du rythme de la vaccination. On est dans une course de vitesse. Si vous voulez vous faire vacciner, il y en a de tous les types et vous aurez un rendez-vous pour aujourd'hui, demain ou après-demain. Si les Français se font vacciner massivement on ira beaucoup plus vite vers ces mesures que nous attendons tous", a-t-il dit. 

Incompréhensions

Pour autant, le couvre-feu n'est ni le nec plus ultra ni une religion pour les spécialistes. "Je ne comprends pas trop le couvre-feu à 23h, à partir du 9 juin. Ce qui est important c'est de continuer à savoir que le virus circule et pour ça, il faut de vraies campagnes de santé publique et force est de constater qu'il n'y en a pas", a admis Jérôme Marty.

Michaël Rochoy, généraliste à Outreau, relève d'ailleurs un contraste qui ressemble fort à un paradoxe. "Ce qu'il se passe le 9 est intéressant. D'un coup on monte le couvre-feu à 23h, comme si c'était efficace et en même temps on rouvre les restaurants en intérieur, principale cause de contamination dans les études", a-t-il dit, allant bientôt plus loin: "Le couvre-feu n'a pas de sens, donc oui on peut le lever. 23h? Il ne se passera rien après. Si on avait voulu faire quelque chose de sensé, on aurait dû reculer la date de réouverture des restaurants en intérieur."

"Ma position a toujours été de dire que le couvre-feu avait bien sûr des effets indirects - éviter des rassemblements familiaux, fermer les bars et restaurants - mais n'avait pas d'effet direct", a-t-il justifié. 

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV