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Déserts médicaux: une pédiatre démissionnaire raconte son impossible quotidien

Indemnités de logements pour les internes, places en crèche pour les enfants d'un jeune praticien... Le premier syndicat de médecins libéraux, la CSMF, a détaillé jeudi ses pistes pour lutter contre les déserts médicaux

Indemnités de logements pour les internes, places en crèche pour les enfants d'un jeune praticien... Le premier syndicat de médecins libéraux, la CSMF, a détaillé jeudi ses pistes pour lutter contre les déserts médicaux - JEFF PACHOUD, AFP/Archives

Un manque de personnel de plus en plus criant conjugué à une affluence de plus en plus forte rend extrêmement difficile le quotidien de certains professionnels de santé.

Un problème qui touche près d'un tiers de la population française. En 2022, 30% des Français vivent dans un désert médical: une ville, un département voire une région ou les services sanitaires sont de moins en moins présents et où les patients doivent parfois attendre plusieurs mois, et faire des dizaines de kilomètres, pour un simple rendez-vous.

Le podcast quotidien de BFMTV, "Le titre à la une", s'est intéressé à ce fléau. Invité du programme, Bruno Roujoan, sénateur de l'Allier, rappelle quelques chiffres marquants.

"On a à peu près 6 millions de Français qui n’ont plus de médecin traitant, un Français sur 3 qui vit dans un territoire dit désert médical et 1,5 à 1,7 millions qui renoncent aux soins car ils ne peuvent y accéder rapidement", détaille-t-il.

L'histoire d'une décrépitude

Comment se forme un désert médical? Interrogée par "Le titre à la une", Hiba Trraf, pédiatre à l'hôpital de Montluçon, toujours dans le département de l'Allier, présente ses dernières années au sein de l'établissement qui illustre parfaitement la décrépitude progressive de l'hôpital public. Démissionnaire, elle quittera, avec regrets, ses fonctions le 1er novembre prochain.

"Au début on est sept pédiatres, petit à petit il y a un déménagement, puis un autre, un départ en retraite, on se regarde en se demandant ce qui va se passer. Même pour 15.000 euros par mois personne ne veut venir risquer sa santé mentale, physique, et surtout celle d’un enfant, il y a des choses qui n’ont pas de prix", assure-t-elle.

De par cette absence de personnel, le quotidien de ce service qui voit passer près de 80 enfants de manière quotidienne devient un enfer. Ponctuellement, elle peut travailler de 80 à 120 heures hebdomadaires et met sa vie entre parenthèses.

"On peut tenir quelques semaines, quelques mois, mais au bout d’un moment c’est très fatigant. L’hiver dernier a été un électrochoc, j’ai perdu six kilos, vous vous réveillez la nuit, c’est difficile psychologiquement. Je n'arrive plus à cautionner le système, d'en être complice", regrette-t-elle.

Logiquement, sa démission est également un problème puisque son départ, s'il n'est pas une surprise, n'a pas été anticipé par sa hiérarchie et le centre hospitalier se retrouvera sans pédiatres.

"Je suis navrée de la situation, j’ai essayé de l’éviter, mais je n’ai pas pu faire plus, je suis fatiguée physiquement et psychologiquement. Je suis en colère par rapport à ce qui aurait pu être anticipé", martèle-t-elle encore.

Des solutions sur la table

Si le sénateur Bruno Roujoan estime que "beaucoup a été fait pour inciter les médecins à s'installer dans les territoires sous-dotés", cela reste bien insuffisant. Selon l'élu, il convient désormais "d'ouvrir la prescription à d'autres professions implantées dans les territoires" dont "les pharmaciens et les infirmiers."

"Il faut être sérieux, avoir des protocoles qui vont réguler le travail entre eux et le médecin, qui prend en charge les patients", dit-il.

Comme seconde proposition, le sénateur estime qu'il est important d'alléger les professionnels de santé du travail administratif, qui prend entre 15 et 30% de leur journée. "Il faut des assistants médicaux, qui réalisent le travail préparatoire mais aussi le travail administratif", conclut-il.

https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV