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Coronavirus: la France peut-elle vraiment disposer de 12.000 lits de réanimation?

Service de réanimation. (Photo d'illustration)

Service de réanimation. (Photo d'illustration) - JOAQUIN SARMIENTO

Le ministre de la Santé a promis que, pour faire face à cette seconde vague du coronavirus, les hôpitaux disposeraient de 12.000 lits dans les services de réanimation. Mais pour les soignants, la pénurie de personnel rend la perspective improbable.

La disponibilité des lits dans les services de réanimation s'impose comme un enjeu crucial dans les hôpitaux confrontés à la nouvelle montée en puissance du Covid-19. Le 27 août dernier, lors d'une conférence de pré-rentrée, le ministre de la Santé Olivier Véran avait assuré: "Si la situation le nécessite, 12.000 lits de réanimation pourront être disponibles." 12.000 lits a priori contre 5000 environ lors de la première vague.

Tensions et saturations

Seulement voilà, alors que selon l'agence Santé Publique France on a enregistré 911 nouvelles admissions dans les services de réanimation sur les sept derniers jours, les médecins ne voient pas la couleur de ces 12.000 lits de réanimation.

"Il faut bien comprendre qu’aujourd’hui nous avons moins de lit et moins de personnel qu’en janvier", a même lancé mardi soir sur notre plateau, Thierry Amouroux, porte-parole du syndicat national des professionnels infirmiers.

"On est dans une situation où les plans d’économie ont repris dans les hôpitaux, on continue à fermer des lits, y compris des lits de réanimation", a-t-il fait valoir.

Jean-François Timsit, chef du service de réanimation de l'hôpital Bichat à Paris, a appuyé, toujours sur BFMTV: "Là on est saturé, on a ouvert des lits supplémentaires, on a déprogrammé des blocs opératoires. On ne sait pas comment s’en sortir ni au niveau de la réanimation, ni au niveau de la salle."

Une tension particulièrement prononcée en Île-de-France avec un taux d'occupation des lits de réanimation de 40,1% (pour 449 patients) selon les chiffres de l'Agence régionale de santé.

Mais les difficultés ne sont pas seulement franciliennes. Le taux d'occupation des lits de réanimation monte à 34,4% en Provence-Alpes-Côte d'Azur, 30% en Auvergne-Rhône-Alpes, 29,6% en Occitanie, 29,5% dans les Hauts de France. En tout, le ministère de la Santé recense 1409 patients en réanimation.

500 à 600 lits inaccessibles faute de personnel

On craint d'autant plus un débordement des capacités actuelles des hôpitaux devant cet afflux de nouveaux admis à cause du fait que, non seulement, les médecins n'ont pas plus de lits qu'au printemps, mais qu'en plus ils ne peuvent pas disposer de l'ensemble des 5000 places dédiées.

Selon une note du Conseil national professionnel de médecine intensive réanimation adressée à la Cour des comptes le 30 septembre dernier, et mentionnée par Le Figaro, 500 à 600 lits sont fermés en permanence. En quinze ans, d'après le journal, la France a même perdu 1000 lits de réanimation. Et la raison en est bien le manque de personnel, selon la missive envoyée à la Cour des comptes .

Cette pénurie ne tient pas aux médecins mais à d'autres catégories de soignants. "Le personnel paramédical, il n’y en a pas. Donc quand vous voulez créer des lits, on vous trouve la localisation géographique mais on met qui dedans? Si on n’a pas de personnel pour les soigner, on fait comment?", a confié Jean-François Timsit à BFMTV mardi soir.

Le ministère de la Santé s'est d'ailleurs demandé combien de travailleurs supplémentaires seraient nécessaires à la gestion de 12.000 lits de réanimation. Dans un document du 17 juillet dernier, cité ici par Le Monde, il chiffre ce recrutement à 24.000 infirmiers et 10.500 aides-soignants de plus. On est loin du compte. Le quotidien, se penchant sur la situation de l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), relève que sur les 950 postes d'infirmiers à pourvoir au printemps, 450 demeurent vacants.

Exode infirmier

Les difficultés de la tâche, la fatigue physique qu'elle entraîne, le risque potentiellement représenté par la proximité avec les victimes du coronavirus découragent les vocations. Sans compter que les volontaires ne peuvent pas être envoyés dans les services de réanimation sitôt leur embauche signée: deux mois de formation sont en principe requis avant d'y être opérationnel.

Dans certains hôpitaux, la problématique est encore différente, la détresse plus criante: il s'agit moins de recruter de nouveaux infirmiers que de les empêcher de partir.

"Il y a des milliers d’infirmiers et d’infirmières qui ont quitté cette activité et ça ne passe pas que par le salaire. (...) L’amélioration de notre situation passera par l’attractivité, l’attractivité passe par le salaire mais aussi les conditions de travail," a développé au micro de BFMTV Vania Leclercq, gériatre à l'hôpital Rotschild.

En ce mois d'octobre, les soignants regardent les 12.000 lits de réanimation promis par Olivier Véran comme un horizon encore inatteignable.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV