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Alimentation: doit-on craindre les nanoparticules?

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Une nouvelle enquête de 60 millions de consommateurs montre que l'additif alimentaire E171 ou dioxyde de titane est présent sous forme de nanoparticules dans plusieurs sucreries sans être mentionné sur les étiquettes. L'exposition aux nanoparticules, notamment dans le cadre de l'alimentation, fait l'objet d'études depuis plusieurs années mais leurs dangers pour l'Homme sont peu documentés.

Le E171 ou dioxyde de titane, sous forme de nanoparticules, est un additif alimentaire couramment utilisé en tant que colorant par l'industrie alimentaire, notamment pour les confiseries. Mais sa présence ne serait pas toujours mentionnée sur les emballages, selon la dernière enquête de l'association 60 millions de consommateurs. Cette dernière a analysé dix huits produits sucrés (bonbons, gâteaux et desserts glacés) particulièrement appréciés des enfants et susceptibles d'en contenir.

Les résultats ont montré que tous les échantillons sans exception contenaient des nanoparticules de dioxyde de titane... mais que le consommateur, lui, ne pouvait pas le savoir. "La mention 'nano' aurait dû figurer sur leurs étiquettes, conformément au règlement européen sur l’information du consommateur. Or, tel n’est pas le cas. Soit les marques ignorent cette présence dans les ingrédients qu’elles utilisent, soit elles nient le problème…", indique l'association.

Si l'utilité technologique des nanoparticules n'est plus à prouver, c'est bien le cas pour leur dangerosité après ingestion. "L'étau se resserre autour de certaines substances comme ce fameux dioxyde de titane.", ajoute l'association. En attendant plus de transparence de la part de l'industrie agroalimentaire, cette dernière se prononce pour que les aliments contenants des additifs suspects soient bannis des rayons.

Des effets sur l'Homme qui doivent être confirmés

Le dioxyde de titane avait déjà fait parler de lui en janvier dernier avec une expérience de l'Inra* menée sur des souris. Les chercheurs ont exposé des rats au E171 (exposition orale) à une dose de 10 mg par kilogramme de poids corporel et par jour, proche de l’exposition alimentaire humaine. Les résultats ont montré que le dioxyde de titane est absorbé par l’intestin et passe dans la circulation sanguine.

La présence de particules de dioxyde de titane a ainsi été retrouvée dans le foi et celle de nanoparticules dans la paroi de leur intestin grêle et du côlon. Avec comme conséquence des effets sur les fonctions immunitaires et sur le développement de lésions colorectales précancéreuses. "Ces résultats justifient une étude de cancérogénèse afin de compléter ces observations à un stade plus avancé de la pathologie. Ils fournissent de nouvelles données pour l’évaluation du risque de l’additif E171 pour l’Homme.", concluent les auteurs.

A la suite de cette publication, les ministères de l'Économie, de la Santé et de l'Agriculture ont saisi l'Anses** pour que celle-ci réalise une étude de cette publication. Le but était aussi de déterminer si celle-ci est de nature à remettre en cause les conclusions de l’Efsa*** dans ce domaine publiées en septembre 2016. Son avis indiquait que les expositions actuelles des consommateurs au E171 ne sont pas "de nature à entraîner un risque sanitaire".

Quid des nanoparticules?

Mais quand il s'agit de l'Homme, les recommandations sont plus difficiles à établir car l'Anses s'est trouvée incapable de trancher réellement entre ces deux avis différents. "Si les résultats présentés dans la publication de l’INRA ne permettent pas de remettre en cause l’évaluation du E171 menée par l’Efsa, elle met en évidence des effets qui n’avaient pas été identifiés auparavant.", indique-t-elle.

Par conséquent, elle a souligné la nécessité de conduire des études nécessaires à la "parfaite caractérisation du danger associé au E171." Des études qui permettraient d'une part de statuer sur ses effets et d’autre part d’établir une dose journalière admissible, ce qui n'est pas le cas actuellement. Mais la question ne se pose pas uniquement pour le dioxyde de titane puisque c'est l'exposition aux nanoparticules en générale (nano-dioxyde de silicium...) qui fait polémique.

Car l'usage des nanomatériaux concerne un large spectre d’applications: médicaments, produits phytosanitaires, alimentation, emballages... Mais seules quelques études ont abordé la toxicité des nanoparticules après ingestion orale. Par ailleurs, "les résultats sont souvent discordants et ne permettent pas de conclure à un effet dose, à un effet taille ou à une relation entre les caractéristiques physico-chimiques de la particule et de la toxicité.", fait savoir le ministère de l'Agriculture.

En attendant des études plus poussées, les agences sanitaires et les associations de consommateurs et de défense pour l'environnement plaident pour le principe de précaution. Mais ce dernier est difficile à appliquer car le dioxyde de titane n'est pas le seul à ne pas être indiqué sur les étiquettes. La mention "nano" a beau être obligatoire en Europe depuis 2014, une étude de l'ONG "agir pour l'environnement" montrait déjà en 2016 qu'elle ne figurait pas sur la liste des ingrédients de plusieurs produits en contenant.

*Institut national de la recherche agronomique
**Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail
***Autorité européenne de sécurité des aliments

Alexandra Bresson