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Municipales: des assesseurs et candidats contaminés au Covid-19 lors du premier tour?

Plusieurs assesseurs et candidats présents dans les bureaux de vote le 15 mars pointent du doigt la responsabilité de l'exécutif dans le maintien du premier tour du scrutin en dépit de l'épidémie de coronavirus qui déferlait sur la France.

Aucun lien n'est formellement établi entre la tenue du premier tour des élections municipales le 15 mars dernier et la contamination au coronavirus de plusieurs candidats et assesseurs. Mais certains ont commencé à ressentir des symptômes quelques jours après le premier tour. Selon les autorités sanitaires, la période maximale d'incubation pour ce virus est de 12 à 14 jours.

"J'ai commencé à ressentir des symptômes" après le premier tour des municipales, raconte à BFMTV Grégory Brunet, assesseur à Bron (Rhône). L'homme a ensuite été testé positif au Covid-19. Au bureau de vote de Vaulx-en-Velin, dans le même département, c'est une quinzaine de personnes qui ont présenté des symptômes après le premier tour des municipales. Trois d'entre elles ont même dû être hospitalisées.

Une colère qui monte

"Si on avait su entre guillemets la 'dangerosité', je pense qu'on n'aurait pas du tout fait pareil et on serait pas allés ni tenir les bureaux de vote, ni participer comme nous l'avons fait", regrette Stéphane Bertin, candidat et assesseur à Vaulx-en-Velin.
Même écho dans le Val-d'Oise. "On portait pas de masque, on portait pas de gants", raconte aujourd'hui Ludivine Charruault, assesseure à Montmagny. A Saint-Ouen, "la plupart des cartes d'identité sont passées entre les mains de différents assesseurs", se remémore Ronan Arveuf, lui-même assesseur dans la ville de Seine-Saint-Denis.

Dépôt de plainte pour se faire entendre

La colère gronde parmi les volontaires engagés pour tenir les bureaux de vote. Nombre d'entre eux dénoncent des mesures sanitaires trop légères ou qui n'ont pas été suffisamment respectées pour garantir la protection de tous. Certains ont même décidé de porter plainte contre le gouvernement pour avoir décidé de maintenir coûte que coûte le premier tour des municipales.

Chafia Zehmoul fait partie de ces derniers. Elle assigne l'Etat en justice. "On a actuellement sept personnes qui ont été contaminées, testées, et les autres personnes sont malades chez elles et suivies par le 15", justifie la candidate aux municipales de Saint-Fons, dans le Rhône.

"Je suis en colère parce que ce n'est pas normal que cela se passe quand on est candidat à des élections municipales", poursuit-elle. "Je ne peux pas vous certifier que la contamination a eu lieu dans le bureau de vote, mais par contre je peux vous certifier que le jour des élections, notre directeur de campagne était très malade", affirme-t-elle.

S'il n'est pas prouvé que les personnalités politiques, de rang national ou local, sont plus touchées par le coronavirus que le reste de la population, il ne fait pas de doute que les acteurs de la vie publique sont potentiellement plus exposés à la propagation du virus.

Outre les nombreux cas de contamination, plusieurs personnalités politiques sont mortes après avoir contracté le Covid-19. Deux édiles de communes rurales, Jacques Lajeanne, maire de Beurey-Bauguay (Côte-d'Or) et François Lantz, maire de Saint-Nabor (Bas-Rhin) sont décédés la semaine passée des suites du coronavirus. Dimanche, c'est la mort de l'ancien ministre et président du conseil départemental des Hauts-de-Seine Patrick Devedjian qui était annoncée.

"Une fonction de contact"

"C'est une fonction de contact. Les élus sont par définition en contact avec la population. On a beaucoup parlé des élus coupés du peuple, en réalité cette sorte d'hécatombe qui les frappe montre bien que c'est l'inverse et qu'ils sont très en contact avec les populations. Ils l'ont été d'autant plus qu'on sort d'une campagne électorale et que dans une campagne électorale, vous êtes amenés à rencontrer beaucoup de gens, à serrer des mains. (...) On voit bien qu'il y a là des facteurs de surmortalité, en tout cas de surinfection dans une population qui rencontre beaucoup de monde", analyse sur BFMTV l'historien Jean Garrigues, président du Comité d'histoire parlementaire.

S'il refuse d'établir un lien de causalité certain entre les infections de personnalités politiques et le premier tour des municipales, Jean Garrigues admet sans peine que "ça n'a pas favorisé" l'endiguement de l'épidémie. 

C'est au lendemain du premier tour qu'Emmanuel Macron a demandé à la population française de se confiner, annonçant par là-même le report sine die du second tour des élections municipales.

Et malgré les critiques qui pleuvent aujourd'hui sur le maintien du premier tour, Edouard Philippe l'a fermement assuré samedi lors d'une conférence de presse: "Je ne laisserai personne dire qu'il y a eu du retard sur la prise de décision s'agissant du confinement", arguant qu'"il y avait moins de 8000 cas sur le territoire national et moins de 200 morts" lorsque la mesure a été prise.

Clarisse Martin