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Montée du RN: à l'Assemblée, Castex fustige "ceux qui se laissent aller" en temps de crise

Lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale ce mardi, Jean Castex a été interpellé par un député qui s'alarmait de la place grandissante du discours de l'extrême droite dans le débat public. Jean Castex a tenté de rappeler la voie du gouvernement qu'il dirige.

L'atmosphère avait quelque chose de fébrile à l'Assemblée nationale ce mardi. Si les questions aux gouvernement sont toujours à l'origine d'une forme d'excitation parmi les parlementaires, cette semaine la donne était tout de même particulière. La radicalité grandissante de discours notamment à droite, allant parfois jusqu'à remettre en cause des principes du droit, a échauffé certains esprits. Mis en garde par un député contre une "course à l'extrême droite" potentiellement "destructrice pour la démocratie", le Premier ministre Jean Castex a dénoncé "ceux qui confondent la fermeté et la démagogie, ceux qui confondent l'efficacité et l'outrance".

Plus tard, son Garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti lui a emboîté le pas, accablant les "pompiers incendiaires" qui "jouent avec l'Etat de droit".

"Nous voyons que la situation se dégrade"

C'est le député Bertrand Pancher, élu de la Meuse et président du groupe "Libertés et Territoires", qui compte de nombreux dissidents de La République en marche, qui a lancé cette séquence inquiète. "M. le Premier ministre, je vous le dis avec gravité, nous qui avons un lien fort avec nos concitoyens, nous voyons bien que la situation se dégrade. La société française est divisée, à cran, à la fois résignée et en colère."

Alors que les observateurs jugent parfois qu'Emmanuel Macron et les siens sont tentés d'ériger le Rassemblement national en premier opposant, considérant cette confrontation comme une garantie de victoire, Bertrand Pancher s'est inscrit en faux d'un pareil pari: "Je mets en garde les partisans d'un face-à-face avec le RN. On ne peut pas lutter contre l'extrême droite en courant derrière elle".

L'homme de centre-droit a ensuite semblé brocarder l'essence même du "dégagisme" sauce Macron:

"À fracturer la gauche, puis la droite, gaffe à ne pas détruire la démocratie ! M. le Premier ministre, il reste un peu moins d'un avant la présidentielle, et vous pouvez en faire une année utile pour tenter de rassembler les Français mais il faut agir maintenant car nous ne sortirons pas de ce bourbier sans un triple choc démocratique, économique et social."

Il a conclu: "Au moment où toutes les digues sautent, la situation appelle les dirigeants politiques à la responsabilité et à l'audace, pas à la surenchère ni au calcul politicien. M. le Premier ministre, il faut changer de cap maintenant !"

Castex veut s'accrocher à son cap

Le chef du gouvernement s'est alors levé pour saisir au vol cette idée: "Les crises révèlent ceux qui tiennent le cap dans la tempête et ceux qui se laissent aller, ceux qui confondent fermeté et démagogie, ceux qui confondent l'efficacité et l'outrance." Jean Castex a voulu souligner la feuille de route de son équipe:

"Avec sérieux et détermination, le gouvernement et sa majorité parlementaire, dans le respect profond de notre démocratie et de notre Etat de droit, agissent pour le bénéfice de notre pays, c'est le seul antidote au phénomène que vous avez, à juste titre, dénoncé: nous occuper de l'intérêt supérieur de la France et de la vie quotidienne de nos concitoyens."

"C'est ce que nous faisons", a-t-il assuré: "Soyez en fiers, en luttant pied à pied contre la crise sanitaire et vous voyez que nous commençons à obtenir des résultats que ce soit sur le terrain de la vaccination et de l'épidémie, en luttant pied à pied contre la crise économique."

S'animant, le Premier ministre a achevé: "Vous avez parlé d'un climat politique pesant mais en dépit des difficultés nos concitoyens s'accrochent, luttent. Ils ont maintenant l'espoir que l'économie reparte et nous allons l'y aider. Il en va de même en matière de lutte contre l'insécurité, ce fléau nous le combattons sans démagogie mais avec résolution avec des moyens inédits, en proposant des modifications législatives adaptées et proportionnées. C'est ça la force de la République, le chemin du gouvernement et de la majorité". 

Dupond-Moretti et les "pompiers incendiaires"

La sortie du député élu du Loir-et-Cher et vice-président des Républicains Guillaume Peltier - qui dimanche avait émis l'idée d'une restauration de la Cour de sûreté de l'Etat, précisant qu'il souhaitait une "justice exceptionnelle" sans possibilité d'appel - flottait au-dessus des débats parlementaires ce mardi. La prise de parole d'Eric Dupond-Moretti, après celle du Premier ministre, l'a assez montré: "L'Etat de droit distingue la démocratie de la tyrannie. Ceux qui jouent avec l'Etat de droit sont des pompiers incendiaires et des irresponsables". L'avocat passé ministre de la Justice a moqué la surenchère dont il a récemment été témoin à l'occasion des échanges autour de son projet de loi:

"On nous propose tout d'abord d'incarcérer automatiquement en détention provisoire, fantastique, qui dit mieux? On va dire mieux: 50 ans de réclusion criminelle rétroactivement applicables. Qui dit mieux? Des peines automatiques qui interdiraient, dit-on - l'un des vôtres - un acquittement. Qui dit mieux? Et cerise sur ce gâteau judiciaire, la Cour de sûreté de l'Etat sans possibilité d'interjeter appel".

Il a averti: "Toutes les digues ont été rompues. Les principes que notre société civilisée a mis des millénaires à élaborer n'existent plus: la présomption d'innocence, le droit de faire appel, l'indépendance de la justice... L'Etat de droit, pour paraphraser le poète, c'est comme le bonheur, on sait ce qu'il représente quand il s'enfuit. Au secours, messieurs !"

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV