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Limitation à 80 km/h: les députés centristes saisissent le Conseil d'Etat

Jean-Christophe Lagarde à l'Assemblée nationale.

Jean-Christophe Lagarde à l'Assemblée nationale. - Philippe LOPEZ / AFP

Si la limitation de la vitesse à 80 km/h est sur le point d'être appliquée sur les routes départementales, les députés opposés à la mesure continuent de défendre leur position pied à pied. Une trentaine de parlementaires centristes ont annoncé ce mardi leur intention de déposer un recours devant le Conseil d'Etat contre ce décret.

Le décret plafonnant à 80 km/h la vitesse sur les routes départementales doit entrer en vigueur dans deux semaines mais, pour autant, ses détracteurs ne désarment pas. Ce mardi, au Palais-Bourbon, les députés de centre-droit ont rallumé la mèche. Ils ont annoncé leur volonté de déposer un recours contre ce décret devant le Conseil d'Etat dans la soirée. 

Jean-Christophe Lagarde, député élu en Seine-Saint-Denis et président de l'UDI, a rappelé pourquoi les représentants désireux de lutter contre cette disposition élaborée par le gouvernement ne pouvaient s'y prendre autrement: "Comme il n’y a pas possibilité pour les députés de lutter contre un décret, puisqu’on ne les vote pas, le seul moyen de les contester, c’est d’aller devant le Conseil d’Etat". 

Une mesure disproportionnée? 

L'élu a assuré qu'il ne s'agissait pas pour autant d'en rester à un statu quo: "Nous avons proposé que dans chaque département, les préfets, les élus visent les endroits les plus dangereux, permettent de réduire la vitesse encore plus si c’est nécessaire et permettent de rouler partout où c’est possible sans dangerosité."

Le député de centre-droit, élu dans la Lozère, Pierre Morel-A-L'huissier, a développé sur Facebook ses griefs, et ceux de ses confrères, contre la limitation envisagée. Selon lui, l'extension de la limitation de vitesse découle d'une "erreur d'appréciation". Enfin, il pointe un "excès" de l'exécutif: "Cette mesure ne repose sur aucun rapport crédible et ne tient pas compte des zones accidentogènes. Je saisis le Conseil d’Etat parce qu’il y a une disproportion de la mesure par rapport aux routes secondaires."

En début de soirée, alors qu'il venait d'être envoyé à l'institution concernée, BFMTV a pu se procurer le texte du recours. Il développe les motifs de préoccupation des parlementaires. Il est tout d'abord dénoncé "un vice de procédure dans la mesure où les ministres compétents en matière d’aménagement du territoire et des transports n’ont pas été consultés." La légitimité scientifique de l'ensemble est aussi attaquée: "L’autorité administrative ne justifie nullement d’études incontestables qui justifieraient l’abaissement à 80 km/h de la vitesse maximale autorisée sur les routes bidirectionnelles à chaussée non séparée". Après avoir évoqué une "discrimination territoriale entre zones urbaines et zones rurales", les députés évoquent enfin une question de gros sous: "Cette mesure engendrera des coûts de signalisation exorbitants".

La majorité fait bloc mais redoute la réaction des administrés 

Le Premier ministre, Edouard Philippe, a cependant maintenu l'option qu'il défend. Dans l'Hémicycle, il a lancé:

"Nous considérons que la priorité, c’est de changer les comportements, et de faire en sorte que les chiffres soient meilleurs, que le nombre de morts et d’accidentés soit diminué. (…) Nous pouvons, devons, avons l’obligation de changer cette situation. Et de ne pas nous arrêter à une espèce de fatalité. Il n’y a pas de fatalité en matière de sécurité routière."

Il peut compter sur une majorité qui fait bloc autour de lui... mais non sans réserve toutefois. Certain élus ont appris à connaître la colère d'électeurs qui "gueulent", d'après l'une des expressions employées. 
Robin Verner avec Anne Saurat-Dubois