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Le goût amer des scandales politiques

Jérôme Cahuzac, Eric Woerth et Dominique Strauss-Kahn

Jérôme Cahuzac, Eric Woerth et Dominique Strauss-Kahn - -

L’affaire Cahuzac pourrait bien entacher la "République irréprochable" voulue par François Hollande. Rumeurs, malversations, les casseroles des politiques empoisonnent la santé souvent fragile des gouvernements, et peuvent in fine conduire à une chute dans l’opinion publique.

Qu’ils soient de gauche ou de droite, ils ont voulu une "République irréprochable". Pourtant, nombreuses sont les affaires qui ont fragilisé les gouvernements et contrarié ainsi les discours de bonne foi de nos chefs d’Etat. Tandis que certains se sont accrochés à leur poste, d’autres, acculés, ont démissionné. Explications avec Jean Garrigues, historien de la vie politique.

L'échec de la République "irréprochable" ?

Le 14 janvier 2007, Nicolas Sarkozy, lors de son discours de campagne présidentielle au congrès de l’UMP, martelait devant des milliers de militants qu’il voulait "être le Président qui va remettre la morale au cœur de la politique (…) [réclamant] une démocratie irréprochable".

- L'affaire Woerth

Un vœu pieu puisque nombreux sont les scandales qui ont éclaté durant son mandat. Le plus marquant fut celui de son ministre du Budget puis du Travail, Eric Woerth. Alors en pleine réforme des retraites, il est pris dans des démêlés judiciaires (affaire Bettencourt, entres autres) et perd son portefeuille ministériel. Une mise en retrait politique plutôt qu’une démission. Mais une sanction quand même.

- L'affaire Cahuzac

A l’instar de son prédécesseur, François Hollande, "le président normal", s’était lui aussi targué de vouloir s’entourer de ministres au casier judiciaire immaculé. Huit mois plus tard, le gouvernement est rattrapé par des casseroles. Et c’est également au poste clé du Budget que son ministre Jérôme Cahuzac est inquiété par des accusations de blanchiment d’argent. Une enquête préliminaire a d'ailleurs été ouverte mardi. Un coup dur pour la République transparente de François Hollande, qui souhaitait rompre avec l’ère "voyou" de Nicolas Sarkozy.

Même si la stratégie est différente - pas de mise en retrait politique pour Jérôme Cahuzac mais au contraire une offensive médiatique, histoire de prendre le contre-pied de ce qui avait été fait auparavant- le gouvernement n’en ressort pas moins affaibli.

L'argent, un symbole fort pour les Français

"En effet, le préjudice moral rejaillit sur tout le gouvernement. En période de crise comme on l’est actuellement, où il est question de résorption de la dette, le fait que cette affaire concerne le ministre du Budget est d’autant plus nuisible. Car le champ du délit est le même que le champ d’expertise", explique Jean Garrigues.

"95% des affaires qui sortent sont liées à l’argent. En France, une affaire de mœurs est moins choquante. C’est culturel. Cela vient du rapport des Français avec l’argent. Alors que pour les Anglo-saxons et les Scandinaves qui ont des racines protestantes, l’accroissement du capital n’est pas mal vu", précise-t-il.

La Jurisprudence "Bérégovoy-Balladur"

Pourtant en 1992 avec la jurisprudence "Bérégovoy-Balladur", qui veut que tout ministre mis en examen démissionne, la République semblait emprunter le chemin de la transparence. Ainsi Michel Roussin, Gérard Longuet, Alain Carignon, et Dominique Strauss-Kahn dans l’affaire de la MNEF, par exemple, n’ont pas dérogé à la règle.

De même qu'en 2005, Hervé Gaymard a dû démissionner de son poste de ministre de l'Economie, pour avoir occupé avec sa famille un duplex de 600m2 aux frais de l'Etat.

Mais en 2007, en dépit de sa mise en examen pour des infractions financières présumées, André Santini, secrétaire d'Etat chargé de la Fonction publique, n’a pas donné sa démission. Une décision qui envoie la jurisprudence aux oubliettes.

Quel impact sur l'opinion publique ?

"Depuis les années 90, en raison de l’accumulation des affaires, et du caractère répétitif de celles-ci, l’image politique se dégrade", remarque Jean Garrigues.

Selon lui, "les Français sont résignés, fatalistes, aussi. Les choix électoraux n’en pâtissent finalement pas tant que ça. Le vote sanction passe plus par la montée de l’abstention, comme cela a été le cas en 2002". "Et puis, l’accélération du temps médiatique entraîne aussi une accélération de la faculté d’oublier", analyse-t-il.

Reste que "la France tend à plus de transparence" assure l’historien. Le chemin est long, mais de notables efforts ont été accomplis depuis le scandale de Panama, où en 1892, sur 150 députés impliqués dans une vaste affaire de corruption, un seul a été condamné.