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Bartolone à Matignon? "Même pas une chance sur 1.000"

Claude Bartolone au perchoir de l'Assemblée nationale.

Claude Bartolone au perchoir de l'Assemblée nationale. - -

Les prises de position répétées du président de l'Assemblée nationale ainsi que son exposition médiatique croissante ont agité le spectre d'une volonté de conquérir Matignon. Mais, si plusieurs acteurs admettent que Bartolone "roule pour lui", peu pensent qu'il vise réellement la place de Jean-Marc Ayrault.

Au perchoir de l’Assemblée nationale, son président socialiste Claude Bartolone se sent pousser des ailes. Fort d'un crédit maximum dans l'hémicycle, l'homme de l'ombre devient un franc-tireur libéré des contraintes d'appareil.

Pendant l'affaire Cahuzac, il refuse d’abord de dévoiler son patrimoine et blâme le "voyeurisme" du projet. Puis, conjure François Hollande d’apporter un "second souffle" à son quinquennat. Et enfin, dernier coup d'éclat en date, Claude Bartolone soutient, le week-end dernier, un texte où le Parti socialiste fustigeait l’austérité prônée par la Chancelière allemande Angela Merkel et appelait à une "confrontation" avec l’Allemagne.

Mais à quoi joue-t-il donc, se sont alors interrogés plusieurs cadres de gauche? Il "fait campagne pour Matignon", a assuré de son côté l’UMP Xavier Bertrand.

Preuve que la petite danse du quatrième personnage de l’Etat dans l’ordre protocolaire intrigue, des ministres d'envergure comme Michel Sapin ou Manuel Valls se sont sentis obligés de le rappeler à l'ordre, tandis que Jean-Marc Ayrault ironisait sur ses ambitions.

Une forte campagne médiatique

Officiellement, Claude Bartolone se défend de toute ambition: "il ne vise rien". "Il cherche à exister", lâche pourtant un habitué de l’Elysée et de Matignon, exaspéré que l'on donne autant d’importance aux sorties de l’ancien président du Conseil général de Seine-Saint-Denis. "Il n’a même pas une chance sur 1.000 d’être nommé Premier ministre et quémander l’élimine d’autant plus".

Pourtant la campagne médiatique fut savamment orchestrée comme le rapporte le Lab d’Europe 1: Le Figaro, Libération puis Le Monde lui ont ouvert leurs colonnes entre le 10 et le 26 avril.

"'Barto' à l'instinct du chasseur"

Et de fait, le spécialiste du PS, Rémi Lefebvre n'écarte pas l'hypothèse selon laquelle Claude Bartolone "avance ses pions". Pour lui ou pour les autres. Sert-il de porte-plat pour Laurent Fabius, dont il fut le lieutenant dévoué jusqu’en 2009 et le Congrès de Reims, ou, justement, de Martine Aubry qui lui aurait à l'époque promis, en cas de destin présidentiel, un maroquin prestigieux? Tous deux représentent "mieux" une politique "à gauche, plus éloignée de l'austérité", estime le politologue.

Sans connaître ses ambitions réelles, un proche de Jean-Marc Ayrault estime que Claude Bartolone est "aujourd’hui à son compte car Fabius, mise à part leur brouille, n’aura plus jamais mieux que les Affaires étrangères". En tous cas, "‘Barto’ a plus l’instinct du chasseur, que la finesse stratégique".

Pour preuve, "l’attaque frontale de Bartolone sur l'Allemagne a été mal perçue" à l'Elysée, confie un proche du président.

Le précédent Jospin...

Rédhibitoire pour l'avenir politique d'un homme dont le poste prouve la valeur et les réseaux? "En cas de remaniement, François Hollande a peu d’options", prévient le politologue. "Ce ne sera ni Montebourg, ni Valls. Et, Sapin serait un Ayrault bis. Quant à ses relations avec Martine Aubry, elles sont notoirement mauvaises. Claude Bartolone peut être un recours! Et si l'on se souvient par exemple de 2002 où Jospin avait fini son mandat de Premier ministre sur les rotules avant d'échouer à la présidentielle, il y a là matière à réflexion".

Le fameux "second souffle" serait donc une nécessité avant 2017 et le président de l'Assemblée pourrait être dans ce contexte une sérieuse option? "Bartolone a la volonté de revenir au coeur du jeu, de ne pas être un simple animateur de l'Assemblée nationale, comprend un hollandais fervent. Mais l'ambition d'être Premier ministre ce n'est pas sérieux..."