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Éric Dupond-Moretti se veut le garde des Sceaux qui portera la réforme du parquet "tant attendue"

Eric Dupond-Moretti a pris ses fonctions de Garde des Sceaux ce mardi, prenant la succession de Nicole Belloubet. Le nouveau ministre de la Justice a dessiné les orientations de sa politique.

C'est peu dire qu'Éric Dupond-Moretti n'arrive pas en terrain conquis à la tête de la Place Vendôme. La nomination de l'avocat au ministère de la Justice hérisse de nombreux magistrats, en raison de nombreuses saillies du conseil au sujet des hermines mais aussi de ses déclarations passées sur sa volonté de voir la suppression de l'École nationale de la magistrature.

Dès lundi soir, Céline Parisot, présidente de l'Union syndicale des magistrats, a tempêté dans un communiqué: "Nommer une personnalité aussi clivante et qui méprise à ce point les magistrats, c'est une déclaration de guerre à la magistrature"

"Le meilleur et le pire"

Ce mardi, durant la cérémonie de passation de pouvoirs, dans la cour de ses nouveaux locaux, Éric Dupond-Moretti a pris la parole après que Nicole Belloubet a quitté le pupitre au milieu des larmes. Il a lancé: "Je veux avancer sur un projet qui me tient à cœur: l’indépendance de la justice. Je souhaite être le garde des Sceaux qui portera enfin lors d’un congrès la réforme du parquet tant attendue." Semblant répondre à l'offensive de certains magistrats à son endroit, il a aussi affirmé:

Je ne fais de guerre à personne. Je veux, avec vous, garder le meilleur et changer le pire. J’entends, bien sûr dans le dialogue et la concertation, faire évoluer la magistrature dans le sens d’une plus grande ouverture à la société et remettre à plat l’ordonnance de 1958 (NDLR, relatif à la justice des mineurs)."

Un emprunt à Mitterrand

Il a encore égrené quelques axes. "Je veillerai à ce que les enquêtes préliminaires restent préliminaires et ne soient pas éternelles comme c’est, hélas, parfois le cas. Je vais demander à la Direction des affaires criminelles et des grâces de me faire des propositions en ce sens. Il convient de trouver un juste équilibre entre l’efficacité de l’enquête et le principe du contradictoire sans lequel la justice n’est rien", a assuré Éric Dupond-Moretti.

L'avocat a alors abordé un autre des chapitres fatidiques de ses convictions. "Je souhaite également que nous travaillions ensemble sur la présomption d’innocence et le secret de l’enquête. Bien sûr, des journalistes seront associés à ces réflexions", a-t-il déclaré.

"La justice ne se rend ni dans la rue, ni sur les réseaux sociaux ni dans les médias", a-t-il dit, terminant avec une référence aux mots de François Mitterrand après le suicide de Pierre Bérégovoy en 1993, harassé par le traitement médiatique qui lui était réservé: "Et l’honneur des hommes, pas plus aujourd’hui qu’hier, ne mérite d’être jeté aux chiens".

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV