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Y-a-t-il eu une traite d'êtres humains dans un salon afro à Paris?

Certains employés ne recevaient que 1,43 euro de l'heure, somme qui tardait souvent à être versée

Certains employés ne recevaient que 1,43 euro de l'heure, somme qui tardait souvent à être versée - Google Street View

Au printemps 2014, les salariés du salon, situé boulevard de Strasbourg dans le 10e arrondissement, s'étaient révoltés en se lançant dans une grève hors norme, face à des conditions de travail d'un autre âge. La justice tranchera au début de l'année prochaine.

Des clandestins, du travail dissimulé, des paies misérables, des conditions d'hygiène désastreuses: le tribunal dira le 8 février s'il y a eu ou non traite d'êtres humains dans un salon de coiffure afro du 10e arrondissement de Paris.

Le procès a opposé jeudi devant la 31e chambre correctionnelle, d'un côté la CGT et 18 employés du salon "New York fashion", et de l'autre, le gérant Mohamed Bamba et celui qui aurait été le grand patron, Djililou Akambi Abdu. 

10 heures par jour, 6 jours par semaine

L'histoire avait fait grand bruit au printemps 2014: des salariés du salon situé au 57 boulevard de Strasbourg s'étaient révoltés en se lançant dans une grève hors norme. Ils étaient payés à la tâche, pour une manucure ou un défrisage par exemple. Or, la journée dépassait souvent les 10 heures sans pause, 6 jours par semaine. La paie? Certains recevaient 1,43 euro de l'heure, une somme qui tardait souvent à être versée. 

Pendant longtemps, il n'avait pas été question de protester: 17 des 18 employés étaient en situation irrégulière et auraient été menacés par leurs supérieurs d'être "raflés" par la police.

Ces travailleurs sans papiers, soutenus par la CGT, étaient finalement allés se plaindre à l'inspection du travail. "Un fait extrêmement rare", a expliqué Christelle Chambarlhac, inspectrice du travail, au tribunal. Il s'agissait principalement de femmes, des coiffeuses africaines et des Asiatiques spécialistes de la manucure. Le salon avait finalement été liquidé peu après la grève.

100% du travail non déclaré

L'inspectrice a décrit "une situation exceptionnelle" pour son service: un salon où "100%" du travail était non déclaré et où presque tous les employés étaient en situation irrégulière.

Peut-on pour autant parler d'une situation de traite d'être humains, une qualification le plus souvent liée à la prostitution ou à de l'esclavage domestique? La CGT en est convaincue.

"Les victimes étaient prises dans un système dont elles ne pouvaient pas sortir", a plaidé Maxime Cessieux, l'avocat du syndicat et des employés. Il s'agit de personnes arrivées peu auparavant clandestinement en France, certaines ne parlant pas le français.

Le parquet a lui considéré que l'infraction de traite n'était pas constituée et n'a pas pris de réquisition. Le tribunal rendra sa décision le 8 février.

Le gérant déjà condamné pour travail dissimulé

En novembre 2016, Mohamed Bamba avait déjà été condamné à deux ans de prison, dont un avec sursis, pour une longue liste de délits dont travail dissimulé et emploi de personnes en situation irrégulière au salon "New York fashion".

Mais il a fait opposition du jugement rendu en son absence et a été rejugé jeudi pour ces faits. Le tribunal rendra son jugement le 1er février sur cet aspect du dossier pour lequel le parquet a requis deux ans de prison, dont un an avec sursis mise à l'épreuve. 

C.R. avec AFP