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Un policier de la BAC: "Je trouve que la justice nous manque de respect"

Des policiers à Pantin, la semaine dernière, après un braquage.

Des policiers à Pantin, la semaine dernière, après un braquage. - Stéphane de Sakutin - AFP

Les policiers se rassemblent ce mardi devant le ministère de la Justice. Une colère rare qui fait suite à la fusillade la semaine dernière en Seine-Saint-Denis avec un détenu en cavale. Laurent, un policier de la BAC, témoigne.

Il travaille depuis une dizaine d'années en Seine-Saint-Denis, au sein d'une brigade anti-criminalité. Laurent (prénom modifié) aime son métier, mais se sent chaque jour plus écoeuré par l'accumulation de difficultés dans son quotidien. Ce mardi, il fera partie des policiers rassemblés sous les fenêtres de la ministre de la Justice, Christiane Taubira, confie-t-il à BFMTV.com. 

"Je connais Yann, le collègue qui s'est pris deux balles dans la tête la semaine dernière par un détenu fiché, en cavale. Comment un juge a-t-il pu accorder une permission de sortie à cet individu dangereux? Pourquoi ne rend-il pas des comptes aujourd'hui? La police n'est pas parfaite, mais la justice ne doit pas se sentir divine", soupire-t-il.

Selon les premiers éléments du dossier, ce détenu purgeait une peine depuis 2011 pour vols à main armée, qui devait prendre fin en 2018. Il avait obtenu en mai dernier une permission de sortie pour régler la succession de son père, qui venait de décéder, et n'était pas revenu en prison. Sa radicalisation avait été signalée par l'administration pénitentiaire un an avant son évasion. Dès le début de sa cavale, il avait été fiché par le renseignement intérieur.

21% des condamnés vont en prison

Lundi, le ministre de l'Intérieur a appelé les forces de l'ordre à l'apaisement, leur demandant de ne pas opposer "les deux grandes maisons", justice et police. Les tensions sont effectivement palpables entre les deux mondes.

"Les magistrats nous manquent de respect. La force de notre système est de proposer une seconde chance aux primo-délinquants (non récidivistes, ndlr), et notre Code pénal est très bien fait. Mais la justice n'applique pas assez le Code pénal aux multi-récidivistes. Nous, on se met en danger pour arrêter des délinquants, et derrière, la justice les met dehors."

D'après les statistiques fournies par la Chancellerie, l'an dernier, 583.727 infractions ont fait l'objet de condamnations. Parmi elles, 21% ont donné lieu à de la prison ferme (réclusion criminelle et peines d'emprisonnement), 27% à de la prison avec sursis, 36% à des peines d'amende et 16% à des peines alternatives et des sanctions éducatives.

"L'effet post-Charlie s'est dissipé"

La frustration de Laurent s'ajoute au manque de moyens et de considération dénoncés régulièrement par les policiers.

"L'effet post-Charlie s'est vite dissipé, en tout cas en Seine-Saint-Denis. Pour les Français, les policiers ne servent de nouveau qu'à faire des contrôles et à mettre des PV pour ramener des sous à l'Etat, c'est tout. On oublie qu'un policier, c'est quelqu'un qui est prêt à prendre une balle pour que les gens puissent rentrer chez eux", lâche Laurent. 

Quant aux conditions de travail, elles se sont durcies après les attentats.

"On peut difficilement poser nos congés car on nous demande beaucoup de présence. Je vais en perdre d'ici la fin de l'année, c'est sûr. Or, entre les horaires décalés avec le travail de nuit, et la tension quotidienne, on en aurait bien besoin. Quand on descend dans les quartiers, on est aux aguets, en hyper-vigilance. Il y a une fatigue mentale qui s'installe."

Laurent ne regrette toutefois pas ce rythme intense, il a "choisi" d'être policier, "et on le sait quand on postule pour une BAC (brigade anti-criminalité, ndlr). Mais il refuse la fatalité. "Je ne veux pas qu'on nous dise que 'ce sont les risques du métier'. La police est là pour protéger, pas pour se faire tuer."

Vidéo: Cécile Ollivier avec Marion Ruaud et Océane Goanec