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Un an après Merah, la surveillance terroriste a encore des ratés

Un membre du GIPN lors d'une opération antiterroriste sur le sol français, à Cannes, le 6 octobre 2012.

Un membre du GIPN lors d'une opération antiterroriste sur le sol français, à Cannes, le 6 octobre 2012. - -

L'affaire Merah a révélé des dysfonctionnements dans la surveillance des terroristes présumés. Un an après, certaines défaillances persistent.

Au début du mois, le ministre de l'Intérieur Manuel Valls reconnaissait les "failles" et les "fautes" du Renseignement intérieur dans le suivi de Mohamed Merah. Un an après le parcours sanglant du tueur à scooter, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour déterminer la cause d'éventuels ratés de la DCRI dans la surveillance du jeune terroriste. Et France Info révèle lundi que les dysfonctionnements du dispositif antiterroriste français ne s'arrêtent pas là.

> La surveillance informatique au point mort

La surveillance des terroristes présumés se trouve ainsi à l'épreuve de graves problèmes logistiques. La loi Loppsi 2 de 2011, vaste chantier sécuritaire de Nicolas Sarkozy, visait à opérer une petite révolution dans la surveillance des terroristes présumés, en autorisant leur surveillance informatique grâce à un dispositif de pointe.

Sous le contrôle d'un juge d'instruction, les enquêteurs étaient ainsi autorisés à implanter un virus dans l'ordinateur d'un suspect, capable de saisir toutes les données saisies sur le clavier. Cette arme de surveillance, assiduement utilisée par le FBI aux Etats-Unis, venait s'ajouter à un dispositif plus classique (écoutes, sonorisations et infitrations) permis en matière de terrorisme par la loi Perben 2 de 2004.

En théorie. Car deux ans après le vote de la loi, cette surveillance n'a jamais pu être mise en place, du fait d'un problème logistique: les services ne disposent pas des logiciels espions, car les développeurs de ces virus sont étrangers et, à l'heure actuelle, aucun fournisseur n'a été trouvé.

> "Dysfonctionnements entre le local et le central"

Quant aux ratés dans le suivi de Mohamed Merah, ils résultent vraisemblablement d'un manque de coordination entre direction locale direction centrale du renseignement. L'hypothèse se confirme avec la révélation dimanche de documents internes par France 3 Midi-Pyrénées. Des notes et photos inédites de Mohamed Merah et de son frère Abdelkader, diffusées au sein des services de renseignement en 2006 et 2007.

Sur une note datée d'octobre 2006, on peut ainsi lire: "De source à protéger, le service s'est procuré des photographies où l'on peut voir le dénommé Abdelkader Merah avec un autre individu salafiste non identifié. Sur une autre photo se trouve le dénommé Mohamed Merah avec ce même individu, tous deux positionnés derrière le livre du Coran et porteurs d'un couteau de boucher." Mohamed Merah avait alors 18 ans.

Des documents qui mettent en évidence le fait que les renseignements (au niveau local, du moins) étaient au courant de la radicalisation précoce de Mohamed Merah et l'avaient à l'oeil bien avant ses séjours au Pakistan et en Afghanistan en 2011. "Il y a eu un grave décalage entre Toulouse et Paris au sein de la DCRI, des dysfonctionnements entre le local et le central", a commenté Manuel Valls début mars, et qu'il a appelé à pallier.

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