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Otages: le débriefing de la DGSE, une étape cruciale

Thierry Dol, l'un des quatre otages d'Arlit, à sa sortie de l'avion, mercredi à Villacoublay.

Thierry Dol, l'un des quatre otages d'Arlit, à sa sortie de l'avion, mercredi à Villacoublay. - -

Comme tous les otages français avant elle, Isabelle Prime va être soumise à une séance intense de débriefing de la part de la DGSE à son retour en France. Comment se passent ces séances? Qu’apportent-elles au renseignement français?

MISE A JOUR - Enlevée en février 2015, la dernière otage française dans le monde, Isabelle Prime, a été libérée dans la nuit du jeudi au vendredi 7 août 2015. Comme les autres otages avant elle, elle devra subir un important débriefing de la part de la DGSE. Nous vous en racontions les différentes étapes en octobre 2013, lors de la libération de Pierre Legrand, Daniel Larrive, Marc Féret et Thierry Dol. 

Libérés mardi après trois ans de captivité au Niger, Pierre Legrand, Daniel Larribe, Marc Féret et Thierry Dol vont devoir passer par le débriefing de la DGSE (direction générale de la sécurité extérieure), autrement dit le contre-espionnage français. Une étape délicate mais cruciale pour les services français. 

Tout commence par un premier débrief "à chaud", dans les heures qui suivent la libération. "Dans leur cas, cela s’est probablement passé à Niamey, la capitale du Niger, et dans l’avion pour Paris", explique Eric Denécé, du Centre français de recherche sur le renseignement. "On pose aux otages une ou deux questions capitales, mais surtout, on recueille leur récit de leur captivité", précise-t-il. "On leur demande de donner le maximum d’informations, en faisant appel à leur mémoire et à leur émotion immédiate".

Mais pour ce spécialiste du renseignement, il est en général difficile de poser davantage de questions: "A leur sortie de captivité, les otages sont souvent à la fois hébétés et survoltés. Et très vite, les médias se précipitent sur eux", explique Eric Denécé.

Une vision "intérieure" de la captivité

D'où l'importance d'un second débriefing, quelques jours ou quelques semaines plus tard. "En 2011, pour la libération de Françoise Larribe [l'épouse de Daniel Larribe, NDLR] et d'autres, cela a eu lieu à Cercottes, dans le Loiret. Un lieu pratique, parce qu’il est au calme, dans la forêt et proche de Paris", explique Eric Denécé, qui précise toutefois que "cela peut avoir lieu n’importe où, il n’y a pas de lieu dédié à cela".

Cette seconde séance "dure au moins une journée", selon Eric Denécé. Les otages sont cette fois vus séparément. Il s’agit cette fois pour la DGSE de leur soumettre un formulaire très complet, avec des questions plus précises. Les lieux par lesquels ils sont passés, s’ils ont été déplacés, quelles personnes ils ont vu… "On nous montre des photos, on nous demande de reconnaître des lieux", expliquait l'ancien otage Christian Chesnot en 2011.

"Ces informations vont permettre à la DGSE d'avoir une vision intérieure de leur captivité, par rapport à la vision extérieure dont elle disposait jusqu'alors. Ils vont ainsi pouvoir recouper les différentes informations à leur disposition". Les résultats de ces deux débriefings seront eux aussi comparés et recoupés.

Mieux connaître ces groupes qui enlèvent des Français

En définitive, la DGSE va récupérer des informations précises sur les ravisseurs. "Connaître leur comportement, savoir combien ils étaient, comment ils étaient habillés, s’ils étaient armés, de quels types de véhicules ils disposaient. Toute information est bonne à prendre", relève Eric Denécé.

Enfin, ces informations vont permettre aux renseignements de "mieux connaître les groupes qui enlèvent des Français". Une façon pour la DGSE de faire avancer le travail autour des autres otages français dans le monde.

Bien qu’essentielles, ces séances de débriefing sont loin d’être évidentes. Après quelques semaines, certains souvenirs s’effacent. "C’est alors le rôle des agents du renseignement d’aider la personne à se souvenir", explique Eric Denécé. Viendra ensuite pour les ex-otages le difficile retour à une vie normale. Une période que tous s’accordent à qualifier de "délicate".

Ariane Kujawski