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Meurtre de Nacer en Corse : la "SMS connection" ?

Le magasin de Jacques Nacer, Ecce Uomo, dans la rue Fesch à Ajaccio

Le magasin de Jacques Nacer, Ecce Uomo, dans la rue Fesch à Ajaccio - -

DÉCRYPTAGE - Le meurtre, mercredi soir à Ajaccio de Jacques Nacer, élu de Corse-du-Sud, rouvre la page du dossier de la SMS.

Jacques Nacer, 59 ans, était le président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Corse-du-Sud. Il a été assassiné mercredi aux alentours de 19h dans son magasin de vêtements situé en plein centre-ville d’Ajaccio. L’homme comptait parmi les notables de la ville, et était décrit comme un commerçant "jovial et respectable".

Ce nouveau règlement de compte n’est pas sans rappeler le récent meurtre d’Antoine Sollacaro, l’un des avocats d’Yvan Colonna, survenu quasiment jour pour jour il y a un mois, non loin du lieu où Nacer a été tué.

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La galaxie Orsoni

Les deux hommes étaient proches d’Alain Orsoni, l’actuel président du club de football d’Ajaccio, dont Nacer était aussi le secrétaire général. Avant son exil d’une dizaine d’années en Amérique du Sud et en Espagne, Orsoni avait monté le parti nationaliste corse MPA (Mouvement pour l'autodétermination – aujourd’hui dissout) dont des militants, tous deux assassinés, s’appellent Yves Manunta ou Antoine Nivaggioni.

L’autre lien entre tous ces protagonistes tient en trois lettres : SMS. Rien à voir avec un texto, il s’agit de l’acronyme de Société méditerranéenne de sécurité, fondée à la fin des années 90 par Nivaggioni et Manunta.

La SMS c’est quoi ? Une PME qui emploie environ 300 salariés et qui fait partie des plus gros employeurs de l’île. Ses domaines : la sécurité, le gardiennage, la sûreté portuaire et aéroportuaire. L'entreprise devient par ailleurs la machine à recycler des anciens indépendantistes du MPA, rebaptisé ironiquement par les Corses "Mouvement pour les affaires".

Les liens ténus entre SMS, CCI et MPA

Mais l’horizon a priori sans nuages de la SMS commence à se ternir, lorsqu’en 2006 l’organisme anti-blanchiment Tracfin, aidé des enquêteurs de l'OCRGDF (Office central de répression de la grande délinquance financière), signale des crédits importants sur le compte bancaire personnel de Nivaggioni.

L’enquête révèle aussi le fonctionnement douteux de la Chambre de commerce d'Ajaccio, ainsi que des attributions suspectes de marchés publics en Corse ou dans le Var consacrés à la sûreté, justement le secteur de prédilection de la SMS.

"Le roi du tango corse"

Au total, une dizaine de personnes ont été mises en examen dans ce dossier, dont Raymond Ceccaldi, le président à l’époque de la CCI, qui finit par démissionner. C’est son adjoint, Jacques Nacer, qui reprend les rênes en 2007.

Approché par la justice pour connaître ses liens avec le dossier, il affirme que la SMS n’avait occasionné "aucun préjudice". Le procureur en charge de l’affaire l'avait même surnommé le "roi du tango corse", allusion à ses "gesticulations chorégraphiques".

Imbroglio nationaliste et affairiste

Le procès de la SMS a pris fin cinq ans plus tard en 2011 où finalement 18 personnes ont été condamnées et trois relaxées. Aucune preuve n’a montré l’implication de Jacques Nacer, alors président de la CCI, dans l'affaire. Depuis la SMS a changé de nom pour Arcosur.

Pour certains, ces règlements de compte en série à Ajaccio tirent leur origine de la rupture entre les deux fondateurs assassinés de la SMS, Nivaggioni et Manunta.

Quoiqu'il en soit, dans cet imbroglio nationaliste et affairiste, où les têtes tombent régulièrement, l'étau autour d'Alain Orsoni se resserre un peu plus chaque jour. Il a d'ailleurs confié ses craintes jeudi soir à France Info.

Mélanie Godey