BFMTV

Maltraitée dans l'enfance par ses parents et violée par leur ami, elle attaque l'Etat pour faute lourde

Le procès du violeur de Karine s'ouvre cette semaine à Rennes

Le procès du violeur de Karine s'ouvre cette semaine à Rennes - VALERY HACHE / AFP

Karine, désormais âgée de 20 ans, accuse la justice d'être restée sourde à son martyre, malgré des signalements répétés.

Karine a vécu une enfance martyre. Délaissée par ses parents avant d'être violée par l'homme qu'ils hébergeaient, la jeune femme aujourd'hui âgée de 20 ans attaque l'État pour faute lourde, selon une information d'Europe 1. Son cas avait en effet été signalé une quinzaine de fois à la justice, tour à tour par les services sociaux, les médecins ou l'entourage de la famille, sans que ses parents soient jamais inquiétés. 

Une mère infanticide

Karine naît en 1997 dans un climat déjà délétère: sa mère a été condamnée par le passé à huit ans de prison pour le meurtre de sa première fille. Eu égard à ce contexte difficile, les services sociaux se relaient régulièrement auprès de la famille, sans pour autant conclure à une nécessité de placement de la petite fille.

Pourtant, selon sa tante, qui a vu l'enfant grandir dans un environnement d'abus et a été l'auteure elle-même de plusieurs signalements aux services compétents, "plus elle grandissait, plus elle avait des stigmates d'enfant maltraitée". Elle confie notamment avoir alerté la justice après avoir constaté "une très grosse infection urinaire" chez la fillette. Au médecin, Karine explique alors que "son papa l'allong[e] souvent dans la baignoire" et "la touch[e] beaucoup". La tante écrit au juge des enfants mais son courrier reste lettre morte.

"Quand on ne veut pas voir, on ne voit pas"

"Quand on ne veut pas voir, on ne voit pas. Pourtant, tout le monde remarque que monsieur a la main légère, que le comportement de madame est sexualisé avec son enfant, que Karine n'a pas de câlin (...) Personne ne s'inquiète de ça", déplore-t-elle, toujours au micro d'Europe 1. 

Une enquête, ouverte après un dîner de famille au cours de laquelle la petite fille de 6 ans se masturbe sous la table, est classée sans suite en 2004. 

En 2005, la situation gagne encore en sordide, puisque les parents de Karine hébergent occasionnellement un homme déjà condamné pour des faits de nature pédophile. Là encore, malgré un signalement, aucune décision de justice n'est prise. "Parce que les parents sont arrivés avec un certificat médical, qu'ils avaient fait faire la veille chez le médecin traitant, il n'y a pas eu d'investigation plus poussée", déplore la tante de Karine. Comble de l'absurde, cette dernière est poursuivie pour dénonciation calomnieuse et contrainte d'écrire une lettre d'excuses aux parents...

"Oubliée"

Ce n'est qu'en 2009, après douze ans de sévices, que la justice ouvre enfin les yeux. Une expertise médicale vient notamment appuyer les allégations de la petite fille. "J'aimerais qu'on lui demande pardon de l'avoir oubliée", confie sa tante aujourd'hui, alors que le procès du violeur de Karine s'ouvre cette semaine devant la cour d'assises de Rennes. Malgré le témoignage accablant de leur fille, les parents ne sont pas poursuivis pour complicité. 

Selon Europe 1, la plainte parallèle qui vise l'Etat et concerne des faits vieux de plus de dix ans risque, elle, d'être prescrite. 

C.R.