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Les surveillants pénitentiaires espèrent que Dupond-Moretti sera "le ministre des prisons"

Éric Dupond-Moretti, lors de son premier conseil des ministres, le mardi 7 juillet 2020.

Éric Dupond-Moretti, lors de son premier conseil des ministres, le mardi 7 juillet 2020. - Ludovic Marin / AFP

Le nouveau garde des Sceaux a choisi de rendre à la prison de Fresnes pour son premier déplacement. "Un symbole fort", selon les surveillants pénitentiaires.

“Je le connais de Nancy, il a souvent plaidé là-bas!” Au sein du personnel pénitentiaire, la nomination du nouveau garde des Sceaux n’a laissé personne indifférent. Une fois passés les premiers moments de “surprise générale”, les surveillants ont accueilli avec un certain enthousiasme l’arrivée d’Éric Dupond-Moretti place Vendôme. Avec une mise en garde, tout de même: plus qu’un haut-fonctionnaire, le ténor du barreau sera d’autant plus attendu au tournant.

Un ministre “du terrain”

Durant son discours inaugural ce mardi, le nouveau ministre de la Justice a eu une intention particulière à l’égard des détenus et surveillants, qu’il fréquente depuis plusieurs décennies:

“Bien sûr, je n’oublie pas la condition pénitentiaire, je pense aux prisonniers, à leurs conditions de vie inhumaines et dégradantes. Je pense au personnel de l’administration pénitentiaire, que j’assure de mon indéfectible soutien.”

Fadila Doukhi, surveillante et déléguée FO Pénitentiaire à la prison de Nancy (Meurthe-et-Moselle) se souvient avoir croisé le pénaliste à plusieurs reprises lors d’audiences. “On peut dire que c’est quelqu’un du terrain”, observe-t-elle à BFMTV.com Sa nomination l’a laissée “sans voix”, elle se réjouit de l’arrivée de quelqu’un “qui sait comment ça se passe”. “On a beaucoup de projets et donc beaucoup d’attentes”, ajoute la surveillante. Mais elle met en garde: “Il est presque coincé, car lui il sait, il a vu la situation de nos prisons.” La surprise était également de mise au sein de la CGT Pénitentiaire. “Par habitude, on s’attendait encore à un magistrat”, nous répond Samuel Gauthier, secrétaire général adjoint. Lui aussi salue l’arrivée de quelqu’un qui “connaît les conditions de vie des prisonniers et donc du personnel”.

Chance historique

Nicole Belloubet n’a pas manqué de rappeler à son successeur la “chance historique d’être revenu à un taux de population carcérale” en-dessous des 100%. Comment préserver ce taux à des niveaux acceptables alors que, selon Samuel Gauthier, les mises sous écrou sont de nouveau en recrudescence? Les peines alternatives, comme les travaux d’intérêt général, doivent devenir une priorité, estiment les syndicalistes.

Une politique pénale ambitieuse qui ne se fera pas sans moyens. “J’espère qu’il saura aller trouver de l’argent à Bercy”, glisse Fadila Doukhi. D’autant que les syndicats pénitentiaires vont réclamer au garde des Sceaux un passage en catégorie B pour leur profession, afin d’améliorer leurs grilles salariales. “On souhaite que ce soit le ministre des prisons”, affiche Samuel Gauthier. “J’espère qu’il sera aussi bon pour nous défendre qu’il l’est pour ses clients”, poursuit la syndicaliste lorraine.

Ces derniers sont lucides sur le peu de marge de manœuvre dont dispose Éric Dupond-Moretti: “On a dû lui donner une feuille de route avec des priorités. Il n’a que deux ans devant lui, il y aura peut-être de la déception”, remarque Samuel Gauthier.

Pour premier déplacement en tant que ministre, celui que l’on surnomme volontiers “Acquitator” dans les couloirs des palais a choisi de se rendre à la prison de Fresnes (Val-de-Marne), l’un des établissements les plus vétustes de France et dont les conditions de détention sont régulièrement décriées. “Le symbole est fort. Il fait un pas vers nous”, constate Fadila Doukhi.

Esther Paolini Journaliste BFMTV