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L'affaire Seznec, un dossier mystérieux depuis près de 100 ans

Un scellé sur les lieux des fouilles dans l'ancienne maison familiale des Seznec à Morlaix, le 24 février 2018.

Un scellé sur les lieux des fouilles dans l'ancienne maison familiale des Seznec à Morlaix, le 24 février 2018. - Fred Tanneau - AFP

Deux os ont été découverts le week-end dernier lors de fouilles dans une maison de Morlaix. Ils pourraient venir bouleverser l'affaire Seznec, insoluble depuis près d'un siècle.

Pas de preuves, pas d'aveux et pas de corps. Le 4 novembre 1924, Guillaume Seznec est pourtant condamné aux travaux forcés à perpétuité pour le meurtre de Pierre Quémeneur, avec qui il était associé en affaires, ainsi que pour faux en écriture. Il bénéficiera d'une remise de peine en 1946 et ne cessera de clamer son innocence jusqu'à sa mort, en 1953. Pourtant, depuis près d'un siècle, le mystère autour de "l'affaire Seznec" demeure opaque.

De quoi Guillaume Seznec a-t-il été accusé?

Guillaume Seznec, négociant en bois, et Pierre Quémeneur, conseiller général du Finistère, étaient partenaires en affaires. Le 25 mai 1923, ils quittent tous les deux Rennes pour aller négocier à Paris une vente de voitures, provenant de stocks américains. Trois jours plus tard, Guillaume Seznec revient seul et affirme que son compagnon a préféré terminer le voyage en train.

La valise du conseiller général est découverte en gare du Havre, avec à l'intérieur une promesse de vente d'un domaine dans les Côtes-du-Nord (Côtes-d'Armor aujourd'hui, NDLR) consentie par Pierre Quémeneur à bas prix. Celui-ci aurait aussi envoyé un télégramme du Havre, affirmant qu'il rentrerait "dans quelques jours". D'après les graphologues mobilisés par l'enquête, les deux documents sont des faux réalisés par Guillaume Seznec. Une machine à écrire correspondant aux expertises est retrouvée dans sa scierie.

L'inspecteur Pierre Bonny, chargé de l'affaire, est toutefois soupçonné d'avoir fait introduire la machine à écrire chez le négociant en bois. Peu avant son exécution pour activités dans la Gestapo, il exprimera à son fils ses regrets d'avoir "fait envoyer au bagne un innocent".

Quels sont les nouveaux éléments?

Près de 95 ans après la disparition de Pierre Quémeneur, deux os ont été découverts samedi et dimanche dernier dans l'ancienne maison de la famille Seznec, à Morlaix dans le Finistère. Selon le procureur de Brest Philippe Récappé, l'un d'eux pourrait être une "tête de fémur". "Une photo en a été prise" et "a été transmise au médecin légiste", a-t-il assuré.

Cet os a été découvert lors de fouilles "privées" initiées par Denis Langlois, un ancien avocat de la famille, et Bertrand Vilain, auteur d'un livre sur l'affaire. Les enquêteurs de la police judiciaire de Rennes ont ensuite pris le relais et découvert un fragment d'os. Une pipe a également été retrouvée.

Un témoignage inédit

En 2015, un témoignage inédit d'un des enfants du couple Seznec avait permis de formuler une nouvelle hypothèse sur le meurtre de Pierre Quémeneur. Enregistré en 1978 par un de ses neveux, il avait alors affirmé qu'en 1923 - alors âgé de 11 ans -, il avait entendu sa mère repousser les avances d'un certain "Pierre", puis avoir vu l'homme par terre et sa mère debout devant lui.

"Je crois qu'elle a dû se défendre et le frapper à la tête", racontait-t-il, selon le récit qu'en a fait Denis Langlois dans Pour en finir avec l'affaire Seznec.

"L'hypothèse sur laquelle nous travaillons c'est que Pierre Quémeneur aurait tenté d'abuser" de l'épouse de Seznec qui "se serait défendue en le frappant avec un candélabre", a confié dimanche à l'AFP Bertrand Vilain.

Vers une révision du procès?

Si les nouvelles fouilles corroborent le témoignage de l'enfant du couple, une procédure de révision du procès de Seznec pourrait être mise en route. Cependant, depuis 1924, pas moins de quatorze demandes de révision du procès ont été rejetées.

En 2006, la chambre criminelle de la Cour de cassation, dans un arrêt de 41 pages, avait estimé qu'il n'y avait "aucun fait nouveau ou élément inconnu de la juridiction au jour du procès de nature à faire naître un doute sur la culpabilité de Guillaume Seznec". Quelques mois plus tôt, l'avocat général s'était pourtant déclaré "totalement convaincu de l'innocence" de Guillaume Seznec.

Liv Audigane, avec AFP