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Kerviel: un enregistrement qui relance l'affaire

20 Minutes et Mediapart ont publié dimanche le témoignage de Chantal de Leiris, ancienne vice-procureure du parquet de Paris, qui a suivi l’enquête sur les pertes de la Société Générale. Elle assure notamment que la banque "savait" tout des pratiques de son trader: "C'est évident."

C'est un véritable coup de théâtre. Lundi, Jérôme Kerviel était attendu au tribunal civil pour tenter de faire réviser le procès qui l'oppose à la Société Générale. Or, 20Minutes et Mediapart viennent de publier, ce dimanche soir, un témoignage qui pourrait venir tout chambouler.

La banque "savait tout"

Il s'agit de celui de Chantal de Leiris, ancienne vice-procureure du parquet de Paris, qui a suivi l’enquête sur les pertes de la banque. Enregistrée pendant 40 minutes à son insu en juin 2015 par Nathalie Le Roy, ancienne commandante à la Brigade financière démise de ses fonctions pour avoir exprimé ses doutes, elle déclare notamment que l’enquête a été "manipulée" par la Société générale. Pis: elle affirme même que la banque "savait" tout des pratiques de l'ancien trader, condamné notamment à 4,9 milliards d'euros de dommages-intérêts.

"Dans cette affaire, il y a des choses qui ne sont pas normales. Quand vous en parlez, tous les gens qui sont dans la finance rigolent, sachant très bien que la Société générale savait. La SG savait, savait… C’est évident. Evident!", assure-t-elle sur la bande.
"C'est surtout Michel Maes (chef de la section financière au parquet à l'époque, ndlr). Sans arrêt, il me disait: 'tu vas pas mettre en défaut, en porte-à-faux, la Société générale. Ca a été jugé, t'as pas à y revenir'. C'est eux qui ont voulu à tout prix sabrer (les plaintes) (...) Mais c'est vrai ce que vous dites: vous avez été entièrement manipulée par la Société générale", déclare aussi la magistrate, selon les extraits.

"Dossier truqué"

"Le Parquet s'est gravement compromis dans ce dossier truqué. Je salue le courage du Commandant LE ROY", a réagi sur Twitter l'avocat de Jérôme Kerviel, maître David Koubbi qui a rendu public cet enregistrement. 

"Cette collusion me sidère", a expliqué sur BFMTV Richard Amalvy, président du comité de soutien de Jérôme Kerviel. "Ceux qui sont en charge de ce dossier savaient depuis le départ que la banque savait", a-t-il poursuivi. Aujourd'hui, "Jérôme Kerviel s'occupe de lui et travaille comme consultant".

Un coup de com' pour la banque

"Les pseudo-révélations relayées par Mediapart et 20 Minutes sont une nouvelle opération de communication dont Jérôme Kerviel et son avocat sont coutumiers, a commenté la banque dans un communiqué. Ces nouvelles allégations s’appuient de surcroît sur des éléments semble t-il obtenus par des moyens contraires à l'éthique policière et judiciaire. Société Générale déplore cette nouvelle manipulation médiatique dans l’affaire Jérôme Kerviel qui vise à faire pression sur la justice et occuper la scène médiatique à la veille de l’examen de la recevabilité de la demande de révision de la condamnation pénale de Jérôme Kerviel."

L'idée que la Société Générale connaissait les prises de risques colossaux sur les marchés de l'ancien trader et qu'elle les a couvertes est l'un des principaux axes de défense de Jérôme Kerviel, qui demande lundi la révision de son procès.

"La tyrannie de la finance"

La Société Générale reproche à son ex-trader de lui avoir fait perdre cinq milliards d'euros via des opérations financières qu'il n'était pas autorisé à effectuer, mais qu'il aurait réalisé en trompant les instances de contrôle de l'établissement.

En 2014, lors de son procès en Cassation, Jérôme Kerviel avait entamé une marche entre Rome et Paris pour dénoncer "la tyrannie de la finance".

S.A.