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Historien russe accusé de meurtre: la piste des violences conjugales étudiée

Le célèbre historien russe Oleg Sokolov lors d'une reconstitution de bataille napoléonienne de 1812, le 23 octobre 2005

Le célèbre historien russe Oleg Sokolov lors d'une reconstitution de bataille napoléonienne de 1812, le 23 octobre 2005 - AFP - Denis Sinyakov

Oleg Sokolov, ancien professeur d'histoire à l'école de Marion Maréchal, a reconnu avoir tué et démembré une ancienne étudiante. La justice russe doit décider ce lundi de son éventuel placement en détention provisoire. L'affaire suscite un vif émoi en Russie.

La justice russe décide ce lundi du placement en détention provisoire d'Oleg Sokolov, cet historien renommé pour le meurtre sordide de sa compagne, suscitant une controverse sur les violences conjugales en Russie et l'impunité de leurs auteurs.

Deux bras dans un sac à dos

Oleg Sokolov, titulaire d'une chaire d'histoire à l'université d'État de Saint-Pétersbourg et grand spécialiste de Napoléon, a été sorti en état d'ébriété samedi matin par la police de la rivière Moïka dans l'ancienne capitale impériale avec un sac à dos où se trouvaient deux bras de femme et un pistolet d'alarme.

Arrêté, l'historien de 63 ans, a confessé dimanche avoir tué et démembré son ancienne étudiante Anastassia Echtchenko, 24 ans, dont il partageait la vie. Un juge doit décider de son placement ou non en détention provisoire, à l'issue d'une audience qui a débuté à midi.

La jalousie comme mobile

Selon Sergueï Echtchenko, le frère de la victime qui dit avoir parlé à sa soeur peu avant sa mort, "c'est la jalousie" qui est le mobile du crime. 

"Elle lui a dit aller à l'anniversaire d'un ami étudiant. Il l'a passée à tabac, elle est sortie quant même puis elle est rentrée...", a-t-il raconté au site d'information RBK.

Dès lors, des associations voient dans cette affaire une nouvelle illustration du fléau des violences faites aux femmes, alors que la Russie a décriminalisé en 2017, les violences familiales et conjugales dans la majorité des cas.

"Il ne faut pas attendre qu'une victime se fasse exécuter, il faut faire de la prévention", s'est insurgée sur Facebook la militante pour les droits des femmes Alena Popova. Elle dénonce un système judiciaire "pourri qui protège les hommes violents jusqu'au moment où l'on a un cadavre" et estime que "ce meurtre aurait pu être empêché".

L'inertie de la direction de l'Université

Selon le quotidien poopulaire Moskovski Komsomolets et une pétition lancée sur le site Change.org, Oleg Sokolov avait déjà été mis en cause pour des faits de violences contre au moins une jeune étudiante. La pétition, qui a recueilli 5300 signatures en quelques jours, dénonce l'inertie de la direction de l'université, l'accusant d'avoir fermé les yeux sur le comportement "monstrueux" du professeur.

Une étudiante, qui avait eu une liaison avec Oleg Sokolov en 2008, avait déposé une plainte à la police à l'époque, affirmant avoir été attachée à une chaise par son amant qui l'aurait frappée au visage et menacée de la marquer au fer rouge parce qu'elle voulait le quitter, selon Moskovski Komsomolets qui publie la plainte.

L'impunité des hommes violents

Malgré ces soupçons et d'autres, aucune mesure disciplinaire n'a été prise à l'encontre du professeur, selon les auteurs de la pétition qui ont adressé leur texte au président Vladimir Poutine, un ancien de cette université, et réclamé la démission du doyen et de plusieurs autres responsables universitaires.

"C'est une preuve de l'impunité dont bénéficie (en Russie) les hommes violents", a dénoncé auprès de l'AFP Alena Sadikova, qui dirige le centre Kitej d'assistance psychologique aux femmes.

Auteur de plusieurs livres dont certains traduits en français, Oleg Sokolov a été décoré de la Légion d'Honneur en 2003 et a travaillé comme conseiller sur des films et documentaires sur Napoléon. Il aimait aussi interpréter les rôles de Napoléon ou de ses généraux dans des reconstitutions historiques de grandes batailles du Premier empire.

Employé également par l'Issep, l'école fondée par l'ancienne députée d'extrême droite Marion Maréchal, il a été limogé immédiatement à l'annonce de son arrestation.

E.P avec AFP