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Corse: deux villas d'un proche de Macron échappent à la démolition

Pierre Ferracci, en 2014.

Pierre Ferracci, en 2014. - PATRICK KOVARIK / AFP

Les deux maisons ont été construites sur un terrain protégé. Si l'amende d'un million d'euros infligée à Pierre Ferracci est élevée, elle ne satisfait nullement les défenseurs du littoral corse.

Passe-droit ou évolution de la jurisprudence? Une association de protection de l'environnement a déploré, jeudi, une décision de la cour d'appel de Bastia condamnant le propriétaire de deux villas construites sur un site protégé de Corse-du-Sud à une amende d'un million d'euros mais épargnant les bâtiments.

"C'est un endroit totalement vierge, en plein espace remarquable, qui a une des plus fortes protections. Le terrain est maintenant ravagé", a regretté Lisandru Plasenzotti, membre de l'association environnementale U Levante, partie civile, avec l'Association bonifacienne comprendre et défendre l'environnement (ABCDE), à l'origine de l'appel dans ce dossier.

"Le 8 février 2016, en première instance, la chambre correctionnelle du TGI d'Ajaccio avait déclaré la SCI Tour de Sponsaglia, représentée par Monsieur Pierre Ferracci, coupable d'avoir, entre 2010 et 2013, construit deux villas non autorisées par un permis de construire et l'avait condamné à un million d'euros d'amende, mais pas à la démolition des bâtiments", rappelle U Levante dans un communiqué.

Crainte d'une jurisprudence plus permissive

Mercredi, la cour d'appel de Bastia a rendu une décision similaire. Ces deux villas construites en plein maquis dans la commune de Bonifacio, appartiennent à l'homme d'affaires Pierre Ferracci, membre d'une famille implantée depuis longtemps dans la région. Il est par ailleurs le père de Marc Ferracci, un ami proche du président Emmanuel Macron.

"L'amende d'un million d'euros est certes élevée, mais elle reste futile pour ce genre de personnes. Cette affaire est gravissime car elle crée une jurisprudence qui peut ouvrir la porte à n'importe quoi pour des gens avec de l'argent", regrette M. Plasenzotti.

"Si une famille puissante (financièrement et relationnellement) se permet de construire, sans permis, dans un lieu protégé, vierge, (...) et n'est condamnée qu'à une amende (faible comparée à la valeur estimée des deux villas), sans obligation de détruire, la porte s'ouvre pour une bétonisation illimitée de lieux, pour l'instant indemnes, par des personnes fortunées qui se moqueront d'avoir à payer une amende", renchérit l'association dans son communiqué.

"Aucune amende ne peut compenser la flétrissure et seule la démolition et la remise en état pouvaient effacer la souillure", conclut-elle.

David Namias avec AFP