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Comment les individus condamnés pour terrorisme sont-ils suivis en France?

L'auteur de l'attentat à Londres avait bénéficié d'une remise de peine après avoir été condamné en 2012 pour terrorisme. Cette situation relance la question du suivi des individus radicalisés en France.

Depuis l'attaque au couteau qui a fait deux morts à Londres vendredi, la polémique enfle autour de la libération conditionnelle dont a bénéficié le terroriste. L'homme, âgé de 28 ans, avait en effet été condamné en 2012 à seize années de prison, dont huit ferme, pour avoir fomenté un attentat déjoué contre la bourse de Londres. Mais il avait finalement obtenu une libération conditionnelle au bout de six ans de prison et portait un bracelet électronique.

"Dans le cas précis de Londres, la personne n'était pas sortie sans suivi, il y avait une contrainte pénale qui lui était appliquée avec le bracelet électronique. Mais on voit bien que le bracelet électronique n'est pas une garantie absolue contre une récidive", commente Guillaume Farde, consultant sécurité pour BFMTV.

Quartier de prise en charge de la radicalisation

Alors, pour rassurer la population, le Premier ministre britannique Boris Johnson s'est engagé ce samedi à revoir le système des libérations anticipées. "Il ne fait aucun sens pour notre société de libérer de manière anticipée des personnes qui ont été condamnées pour des infractions terroristes", a-t-il déclaré après s'être rendu sur les lieux de l'attaque.

Mais les inquiétudes s'exportent également en France, où plane le souvenir du meurtre du père Jacques Hamel dans son église de Saint-Etienne-du-Rouvray, en 2016: "Parmi les deux assaillants, l'un d'eux portait un bracelet électronique", rappelle Guillaume Farde. La question du suivi des personnes condamnées pour terrorisme se pose donc aussi dans l'Hexagone.

En France, plus de 500 personnes sont actuellement détenues pour des faits de terrorisme islamiste, tandis que d'autres, condamnées pour des faits de droit commun, sont également soupçonnées de radicalisation. Ces deux catégories sont passées au peigne fin par ce que l'on appelle "l'évaluation de la radicalisation". Celle-ci permet de dresser, au bout de quatre mois, dresser trois constats: soit les détenus ne sont pas considérés comme dangereux; soit ils sont prosélytes mais ouverts à une prise en charge – ils sont alors placés dans un "quartier de prise en charge de la radicalisation"; soit ils sont prosélytes et inaccessibles et placés à l'isolement.

"Dans les quartiers de prise en charge de la radicalisation, il rencontrent toutes les semaines des historiens, des psychologues, des chercheurs qui leurs parlent de l'islam, de la communication non-violente, qui leurs font faire du sport, et essaient de comprendre leur état d'esprit pour les sortir de la radicalisation", explique Alexandra Gonzalez, journaliste police/justice à BFMTV.

Suivi judiciaire et surveillance de la DGSI

Quand ils sortent de prison, les anciens détenus autour desquels des suspicions persistent font l'objet d'une surveillance, soit par la voie du renseignement quand leur peine est terminée, soir par la voie judiciaire quand le détenu bénéficie d'une remise de peine avec un bracelet électronique, par exemple. Reste que la détection de la radicalisation est "très compliquée", note Anne Giudicelli, responsable du cabinet Terrorisc et spécialiste des menaces terroristes.

Invitée sur le plateau de BFMTV, elle explique que les "individus soupçonnés de radicalisation savent très bien ce qui est attendu d'eux et peuvent jouer le jeu pour obtenir des aménagements de peine et sortir plus tôt de prison".

Toutefois, en France, "la remise de peine est de moins en moins envisagée dès lors qu'un individu a été jugé pour des faits de terrorisme. La doctrine est plus ferme, notamment depuis l'attaque de Saint-Etienne-du-Rouvray." Actuellement, 109 personnes sorties de prison au cours de l'année 2019 font l'objet d'un suivi par la DGSI.

Guillaume Barki et Ambre Lepoivre